mardi 24 mai 2016

23 et 24 mai - Great Falls (Montana)

Lundi matin, partis de Glendive à 9h15, nous arrivons à Great Falls à 16h00 en voyageant par la route 200. Le long de cette route, il n’y a que quelques petits villages et une seule ville, Lewistown. Comme nous sommes au sud de la Saskatchewan, ce ne sont que des champs à perte de vue où nous voyons de temps en temps quelques troupeaux de vaches, mais pas de bisons ni de wapitis. Il y a peu de chance que nous mangions du steak de bison ce soir.  

Le long des grandes plaines du Montana
Une vache a sauté la clôture et nous regarde passer le long de la route; un cerf traverse la route en courant; deux motocyclistes filent à toute allure et deux cyclistes pédalent avec vigueur.  C’est tout ce que nous avons vu d’excitant aujourd’hui.  De plus, il a plu une bonne partie de la journée, de quoi affecté notre moral.

Des heures de route m’ont permis d’en apprendre plus sur la vie sociale entre les marchands de fourrure et les tribus indiennes à Fort Union Trading Post entre 1828 et 1867.  J’ai donc ajouté des informations supplémentaires dans le  récit du 22 mai. (Voir « Vie sociale à Fort Union Trading Post et Fin d’une époque »

Pour nous remonter le moral, nous décidons de nous gâter ce soir et nous nous installons au Koa de Great Falls, le prix est de $53 + taxes, ajouter à cela le taux de change et vous verrez que ce n’est pas donné.  Mais ça valait la peine car nous pouvons nous installer confortement dans le loft du bureau d’accueil pour utiliser leur WIFI ultra rapide. Et que dire de leurs salles de bain individuelles avec douche, toilette et lavabo. Adjacent au Koa, se trouve le Waterpark qui n’ouvrira qu’en fin de semaine.

Mardi, nous visiterons le « Lewis and Clark National Historic Interpretive Center » à Great Falls, puis nous partirons pour Glacier National Park pour trois jours.  Ce parc est loin de la route du Missouri que suivaient Lewis et Clark, mais nous ne pouvions venir au Montana sans aller explorer ce grand parc dont la route Go-to-the-Sun est encore fermée sur plusieurs kilomètres.

Vous aurez beaucoup de lecture à faire aujourd'hui sur Lewis et Clark, alors installez-vous confortablement ....

De la rivière Marias aux Grandes Chutes du Missouri 3 au 20 juin 1805
Le matin du 3 juin, l’équipage traversa le Missouri et installa un camp à la jonction des deux grandes rivières. Une intéressante question se posait maintenant; laquelle de ces deux rivières étaient le Missouri ?

La décision à prendre était difficile et critique. Les Hidatsas n’avaient jamais parlé d’une rivière arrivant par le nord après avoir passé Milk River. Mais ils n’avaient jamais parlé non plus d’une grande rivière venant du sud. Ils avaient cependant été explicites que le Missouri avaient des grandes chutes qui descendaient des montagnes, et qu’après la rivière pénétrait dans ces montagnes, presque jusqu’à la ligne continentale, à l’endroit où vivait les Shoshones. Ceux-ci avaient des chevaux, essentiels pour traverser les montagnes et Sacagawea parlait leur langue.

Le bras nord était plus profond mais dans celui du sud, le courant était plus rapide.  Selon la description de Lewis, les eaux de la rivière nord ressemblaient plus à celles du Missouri, de couleur brune et vaseuse. Celles de la rivière sud étaient parfaitement transparentes. Selon le raisonnement de Lewis, la rivière nord devait courir à travers les plaines pour transporter autant de sédiments, tandis que celle du sud devait venir directement des montagnes.

Les capitaines envoyèrent en éclaireurs Sergent Pryor sur la rivière nord et Sergent Gass sur la rivière sud. Leur compte-rendu n’étant pas concluant, les capitaines décidèrent de partir le lendemain matin avec quelques hommes et de remonter les rivières jusqu’à ce qu’ils soient parfaitement satisfaits. Il fut entendu que Lewis irait le long de la rivière nord et Clark le long de la rivière sud et qu’ils reviendraient au camp au bout d’un jour et demi de marche.  Le lendemain, Lewis partit avec le sergent Pryor, les soldats Shields, Windson, Cruzatte,  Lepage et Drouillard qu’il appréciait beaucoup. La marche était difficile à cause des petits plants de cactus dont les épines pénétraient dans les mocassins des hommes. De plus, les ravins étaient profonds et nombreux, obligeant les hommes à retourner à la rivière et marcher dans l’eau. En dépit des difficultés, ils couvrirent 32 milles cette journée-là presque toujours vers le nord. Le jour suivant, ils marchèrent un autre 30 milles. Lewis en vint à la conclusion que cette branche du Missouri allait trop vers le nord pour être la route vers le Pacifique. Ils campèrent près de l’endroit où se trouve aujourd’hui Tiber Dam.  Le lendemain, les hommes construisirent deux radeaux afin de descendre la rivière, mais les embarcations s’avérèrent trop petites pour leurs besoins.  Ils durent donc reprendre leur marche. Le temps était froid, pluvieux et misérable. Ils marchèrent 25 milles et passèrent une nuit inconfortable, sans abri,  sous la pluie. Le lendemain matin, ils reprirent leur marche mais la pluie avait rendu l’argile du sol très glissante et il y avait trop de ravins à traverser. Ils continuèrent donc leur route en marchant dans l’eau boueuse de la rivière, souvent ayant de l’eau jusqu’à la poitrine. Ils tuèrent quand même six cerfs ce jour-là et, après avoir monté le camp et mangé leur premier repas de la journée, ils se couchèrent sur des branches de saules profitant d’un repos confortable et bien mérité. Lewis nomma cette rivière Marias River et était convaincu que ce n’était pas le Missouri. Ils arrivèrent au camp vers 17h00, très fatigués. Clark fut soulagé de les voir arrivés car ils arrivaient deux jours plus tard que prévu. Les capitaines s’entretinrent, étudièrent les cartes et tombèrent d’accord que la fourche sud était la vraie rivière Missouri.

Le lendemain, 9 juin, Lewis tenta de convaincre les hommes que la fourche sud était le Missouri, mais sans succès; ils étaient tous convaincu que la fourche nord était le vrai Missouri. Ils acceptèrent cependant de suivre les capitaines dans la direction qu’ils avaient choisie mais réaffirmèrent que l’autre était la bonne rivière.  Les voyant si déterminés, les capitaines décidèrent que l’un deux partirait avec quelques hommes en marchant le long de la rivière sud et qu’ils continueraient leur route jusqu’à ce qu’ils trouvent les chutes ou atteignent les montagnes enneigées tandis que l’autre partirait sur la rivière avec les embarcations et la balance de l’équipage. Les capitaines cachèrent la pirogue rouge sur une île, à l’embouchure de la Marias River, ainsi que le bagage le plus lourd et une partie des provisions qu’ils prévoyaient reprendre sur le chemin du retour.  De cette façon, il y aurait sept rameurs de plus pour les canots et la pirogue blanche. Pendant que Clark progressait sur la rivière, Lewis entreprit l’expédition sur terre avec quatre hommes.

Durant la nuit du 10 au 11 juin, Lewis souffrit d’une attaque de dysenterie.  Au matin, il se sentait un peu mieux mais encore faible. Néanmoins, il prit son sac à dos et partit avec ses hommes. Ils avaient couvert neuf milles quand ils tuèrent quatre cerfs qu’ils dépecèrent et pendirent aux arbres près de la rivière pour que Clark et ses hommes les ramassent.  Lewis fut saisi à nouveau de violentes douleurs intestinales. La douleur devint plus forte et s’accompagna d’une forte fièvre. Lewis n’avait pas apporté de médicaments avec lui. S’inspirant de ce que sa mère lui avait enseigné, il envoya ses hommes cueillir de petites branches de cerisiers de Virginie, enleva les feuilles, les coupa en morceaux de deux pouces et les fit bouillir dans l’eau jusqu’à ce qu’une infusion noire astringente au goût amer soit produite. Il en but une pinte et une heure plus tard il se força à en boire une autre. Au bout d’une demi-heure, ses douleurs avaient disparu et sa fièvre avait baissé. Puis il passa une nuit confortable et reposante. Au lever du soleil à 4h30, Lewis se leva et repris une autre pinte de l’infusion avant de repartir.  Malgré son état de santé de la veille, il marcha 27 milles et les hommes tuèrent deux ours.

Le 13 juin Lewis grimpa une colline d’où il pouvait apercevoir une magnifique plaine s’étendant sur 50 à 60 milles et où des bisons broutaient à perte de vue. De retour à la rivière, il ordonna à ses hommes d’aller en tuer quelques-uns pour le repas du soir. Pendant ce temps, il continua à marcher environ deux milles … quand il entendit le son agréable d’une chute d’eau et, s’avançant un peu plus loin, il vit un jet s’élever au-dessus de la plaine comme une colonne de fumée; bientôt commença un formidable rugissement  qui ne pouvait provenir que des grandes chutes du Missouri. Il retourna rapidement à la rivière et se rendit en courant au sommet des rochers  sur une île en face des chutes pour admirer ce majestueux spectacle, le plus grandiose qu’il ait jamais vu. 

Lewis devant les grandes chutes du Missouri
Drouillard et les soldats le rejoignirent sur l’île avec une grande quantité de viande de bison pour préparer un festin. Goodrich attrapa aussi quelques truites d’une espèce encore inconnue à la science et que Lewis trouva  délicieuse.

Le lendemain matin, Lewis envoya le soldat Field porter une lettre à Clark pour l’informer de la découverte des chutes.  Peu après, il prit son fusil et partit pour une longue marche en remontant le courant afin de voir où les rapides se terminaient. Ça ne devait pas être trop loin car les Hidatsas lui avaient dit que le portage prenait une demi-journée.  Pendant les cinq premiers milles, les rapides continuaient toujours. Soudain, dans une courbe, il vit une seconde chute de la moitié de la hauteur de la première. Entendant un rugissement au-dessus de lui, il continua sa route et découvrit une autre beauté de la nature, une cascade perpendiculaire d’environ 50 pieds, ensuite une autre de 14 pieds et une autre de 26 pieds. Ensemble, cinq chutes constituaient les grandes chutes du Missouri. Lewis réalisa alors que le portage serait plus long et plus difficile qu’il anticipait. Finalement, au bout de 12 milles de chutes et de rapides, Lewis arriva à un point où le Missouri reposait en une couche d’eau lisse et uniforme sur un mille de large et où de grandes volées d’oies venaient se nourrir dans les pâturages de chaque côté de la rivière. Lewis débordait de joie et d’extase.

Il décida ensuite de continuer jusqu’à la rivière que les Hidatsas appelait Medicine River qui rejoignait le Missouri par le nord-ouest. Sa marche le conduisit devant le plus gros troupeau de bisons qu’il ait jamais vu. Il tira sur un bison très gras et, distrait par la vue du sang qui s’écoulait de la bouche du bison, il en oublia de recharger son fusil. A ce moment, il devint une proie. Derrière lui, un grizzly s’était rapproché d’une vingtaine de pas. En le voyant, Lewis pris son fusil mais réalisa instantanément qu’il n’était pas chargé et qu’il n’avait pas suffisamment de temps pour le faire avant que l’ours ne le rejoigne. Instinctivement, il chercha autour de lui un endroit pour se cacher. Il n’y avait aucun arbre sur une distance de 300 verges et le bord de la rivière était à environ trois pieds au-dessus du niveau d’eau, bref aucun endroit pour avoir suffisamment de temps pour recharger son fusil. Lewis se mit à courir rapidement mais l’ours le rattrapait, la bouche ouverte. Lewis courut dans la rivière pensant que s’il avait de l’eau jusqu’à la taille, l’ours serait obligé de nager et qu’il pourrait se défendre avec son espontoon (demi-pike des officiers). A la vue de l’arme, l’ours s’arrêta comme si effrayé et battit en retraite précipitamment. Ce jour-là Lewis apprit une leçon et rechargea son fusil dès qu’il atteignit la rive.

Lewis se rendit jusqu’à Medicine River, l’examina et prit des notes. Quand il eut fini, il était 6:30 p.m.  Il restait environ trois heures de clarté et douze milles pour retourner au camp.  Sur le chemin du retour, il tira sur un loup qui approchait de trop près, puis fit face à trois bisons qui rebroussèrent chemin aussi vite qu’ils étaient venus.  Lewis eut le sentiment que les animaux des alentours s’étaient tous ligués pour l’éliminer.

Le matin du 15 juin, Lewis passa des heures à écrire son journal en décrivant ses mésaventures de la veille.  Le soldat Field revint et rapporta que Clark et ses hommes étaient arrêtés aux pieds des rapides, environ cinq milles plus bas.  Clark jugea qu’il ne pouvait pas aller plus loin et que le portage devrait débuter à cet endroit.  Lewis avait l’impression qu’il y avait trop de ravins sur la rive nord et que le portage devrait se faire du côté sud.

Le grand portage 16 juin au 14 juillet 1805
Le 16 juin, Lewis rejoignit Clark aux pieds des rapides. Ils avaient beaucoup à discuter : leurs expériences au cours des jours précédents, ce qu’ils avaient vu, les provisions de viande, et surtout, de quel côté de la rivière faire le portage des chutes et où le commencer. Mais avant qu’ils prennent une décision, Clark informa Lewis d’un problème plus urgent, Sacagawea était malade et cela durait depuis une semaine. Clark avait essayé les saignées qui n’avaient pas fonctionné, puis il lui avait appliqué dans la région pelvienne un cataplasme d’écorce péruvienne (écorce de quinquina qui contient de la quinine utilisée pour le traitement de la malaria) et administré du laudanum, aussi sans succès. Lewis examina Sacagawea et la trouva extrêmement malade avec une forte fièvre, un pouls à peine perceptible, une respiration irrégulière et un tremblement des doigts et des bras. Il en conclut qu’elle souffrait d’une obstruction des menstruations, ce qui n’était pas loin de la vérité.  Il lui administra deux doses d’écorce péruvienne et de l’opium, ce qui améliora son pouls. Elle avait aussi très soif. Lewis se rappela avoir vu une source d’eau sulfureuse de l’autre côté de la rivière et il envoya un homme en chercher. Il figura que l’eau contenait du fer ainsi que du sulfure et que c’était ce dont elle avait besoin. Il avait probablement raison car les tremblements pouvaient avoir été causés par la perte de minéraux résultant des saignées que Clark lui avait administrées. Très certainement les saignées l’avaient déshydratée et occasionné sa soif. Elle but avidement l’eau sulfureuse pendant que Lewis continua de lui appliquer des cataplasmes.  Le soir, la santé de Sacagawea s’était améliorée, son pouls était devenu régulier et les tremblements avaient cessé.  Aucun médecin de son époque n’aurait pu faire mieux que Lewis pour sauver la jeune indienne.

Pendant que Lewis soignait Sacagawea, Clark se rendit avec quelques hommes près d’un petit ruisseau où se trouvait un bosquet de peupliers afin d’y établir leur camp de base pour le portage.  C’était le seul endroit à la ronde où il y avait suffisamment de bois de chauffage. Lewis le rejoignit en après-midi. Les capitaines décidèrent de laisser la pirogue blanche au camp de base et de dépendre uniquement du bateau à charpente de fer qu’ils allaient assembler et transporter au-delà des chutes.  Pour alléger la charge, ils décidèrent aussi de fabriquer une autre cache pour les items jugés non absolument nécessaires pour le reste du voyage.

A la tombée de la nuit, les deux éclaireurs revinrent et informèrent les capitaines que deux ravins très profonds coupaient la plaine entre la rivière et la montagne et que selon eux le portage avec les canots était impraticable de ce côté de la rivière. Lewis répondit « Bon ou mauvais, nous devons faire le portage ». Après avoir examiné à nouveau la situation, il s’est avéré que les deux petits canots pouvaient montrer jusqu’au ruisseau sur une distance de deux milles et que de ce point il y avait une montée graduelle jusqu’en haut de la plaine. C’est à cet endroit que le portage commencerait.

Lewis identifia un peuplier de 22 pouces de diamètre.  Il chargea six hommes pour le couper et le scier transversalement pour en faire des roues. Il ordonna aux hommes de prendre le mât de la pirogue blanche et le couper pour en faire des essieux. Des peupliers plus petits et plus souples seraient utilisés pour fabriquer deux wagons qui serviraient à transporter les canots et les bagages. Pour recouvrir le bateau de fer, Lewis avait besoin de peaux de cerfs qu’il croyait plus durables et résistantes que celles des bisons et qu’elles rétréciraient moins en séchant.  Il envoya Drouillard et deux hommes à la chasse aux cerfs pour récupérer leurs peaux.

Les wagons et les bagages étaient prêts pour le portage. Pendant que Clark était parti examiner le chemin du portage, Lewis envoya les hommes à la chasse. Il voulait avoir la plus grande quantité de viande sèche possible pour ne pas avoir à détacher des hommes pour la chasse durant le portage.

En soirée, Clark revint et rapporta que le chemin du portage était de 17.45 milles. Il fut décidé que Clark superviserait le portage pendant que Lewis irait à la fin du sentier où se trouvait un groupe d’îles, appelées White Bear Islands, pour superviser la préparation du bateau de fer. Il partirait en compagnie de trois soldats avec la première charge dans un canot placé sur un wagon qui inclurait le bateau et les outils nécessaires. Clark informa Lewis qu’il n’y avait pas de pins, seulement des peupliers sur les îles, ce qui donna à Lewis une raison de plus de s’inquiéter car sans la gomme de pin pour sceller les coutures du cuir recouvrant la charpente du bateau, il devrait trouver une autre solution.

Le portage débuta peu après le lever du soleil le 22 juin. Tous les hommes, à l’exception de deux restés en arrière pour surveiller les bagages, se joignirent aux capitaines pour monter le canot jusqu’aux plaines. Ils eurent une multitude de problèmes, en commençant par les cactus piquants et des bris; un essieu se brisa, des attaches se déchirèrent. Malgré les difficultés, tard dans la soirée, ils réussirent à monter le canot jusqu’au haut du portage.

Au cours des douze jours suivants, Lewis resta au camp de White Bear Islands, supervisant la construction du bateau, pendant que Clark supervisait le portage. Le dernier fut le plus difficile.  Ils furent assaillis par de la grêle aussi grosse que des pommes, les moustiques, le soleil chaud et la pluie froide.

Pour libérer un homme afin qu’il aide à préparer les peaux de cerfs, Lewis s’assigna lui-même le rôle de cuisinier. Il ramassa de l’eau et du bois et dans le plus gros chaudron de fer, il fit bouillir assez de viande séchée pour nourrir trente hommes en y ajoutant des boulettes de suif pour le plaisir des hommes.

Il y avait de vastes troupeaux de bisons tout autour du camp, ce qui gardait Seaman, le chien de Lewis, éveillé toute la nuit.  Les grizzlis étaient nombreux également et beaucoup plus dangereux. Lewis obligeait ses hommes à coucher avec leur fusil à portée de la main. Les ours venaient près du camp la nuit mais, grâce à Seaman qui patrouillait toute la nuit et les avertissait à temps s’il remarquait des visiteurs, ils ne furent jamais attaqués.

Vers le 30 juin, le bateau de fer était assemblé et les peaux, 28 de cerfs et 4 de bisons, étaient prêtes.  Le matin, l’assemblage des peaux sur le cadre du bateau commença. Pendant ce temps, il restait deux jours avant que le portage soit complété. Dans son journal, Lewis écrit qu’il commençait à s’impatienter de ne pas bouger car déjà trois mois s’étaient écoulés depuis leur départ de Fort Mandan et ils n’avaient pas encore atteint les Montagnes Rocheuses.

Le 1er juillet, Lewis et ses hommes tentèrent de faire du goudron mais ce fut un échec. L’absence de gomme de pin l’obligea à tenter des expériences qui prenaient énormément de temps. Le soir du 3 juillet, le bateau était prêt. Le lendemain, les hommes tournèrent le bateau à l’envers sur un échafaud et firent de petits feux sous le bateau pour le faire sécher.  Le 5 juillet, Lewis prépara un mélange de charbon de bois, de cire d’abeilles et de suif de bisons pour en couvrir tout le bateau. Pendant deux jours, les hommes ont gardé les feux allumés pour que le bateau puisse sécher puis apposèrent une deuxième couche.

Le 9 juillet c’était le jour du lancement du bateau.  Lewis avait passé presque deux semaines à le préparer ce qui retarda l’expédition de quatre à cinq journées. Il comptait sur ce bateau pour transporter le matériel volumineux au pays des Shoshones.  Juste au moment où l’expédition s’apprêtait à partir, un vent violent se leva, formant des moutons sur la rivière, mouillant une partie des bagages et forçant les hommes à décharger les canots. Il était tard dans la soirée quand la tempête se calma. Lewis découvrit alors que la couche de goudron s’était séparée des peaux et avait laissé les coutures exposées. Le bateau prenait l’eau de partout. Lewis était mortifié. Il s’est avéré que les peaux de bisons avec un peu de poil laissé sur elles avaient mieux résisté. Mais il était trop tard pour faire d’autres expériences.  Il dut faire ses adieux à son bateau et aux services qu’il aurait rendus.

Sans le bateau pour remplacer les deux pirogues, ils avaient besoin de plus de grands canots. Les chasseurs avaient trouvé un bosquet de peupliers suffisamment gros pour construire des canots.  Pendant que Lewis supervisait le transport des bagages, Clark et ses hommes se rendirent au bosquet pour commencer la fabrication des canots.  Ils utilisèrent deux arbres, l’un de 25 pieds de long, l’autre de 33 pieds et chacun de 3 pieds de large. Cela prit 5 jours pour les creuser et les préparer pour le voyage. Ça faisait un mois que Lewis avait découvert les grandes chutes et ils avaient progressé à peine de 25 milles. Le 14 juillet, tout était prêt; avec 2 grands et 6 petits canots ainsi qu’un bagage réduit à son minimum, l’expédition partit pour les montagnes.

lundi 23 mai 2016

22 mai – Williston (North Dakota)

Mon grand âge me rattrape
Hier, j’ai payé $20 comme frais d’entrée dans le parc national Theodore Roosevelt. Une fois installée au camping, je me suis rappelée avoir acheté, au cours de l’hiver dernier, une passe annuelle pour tous les parcs nationaux américains. J’ai bien essayé de me faire rembourser, mais il semblerait qu’il était trop tard. Je peux donc dire que j’ai contribué aux frais d’entretien de ce beau parc.

Le vent s’est finalement calmé au cours de la nuit et il fait un temps splendide à notre lever.  En quittant le camping, nous nous arrêtons au sentier Canon Ball pour prendre quelques photos. Nous aurions marché pendant des heures tellement le paysage des « badlands » est invitant, mais Lewis et Clark nous attendent.
  
A Canon Ball

Nous reprenons la route vers le nord, aux limites ouest du Dakota du Nord, où le paysage est encombré de puits de pétrole, de camions citernes et de maisons mobiles pour les travailleurs. Nous voyons même de gros réservoirs appartenant à Enbridge; mais ils sont partout ceux-là, même chez nous pour chauffer notre maison. 

Les puits de pétrole en Dakota du Nord


Nous avions hâte d’aller visiter « Fort Union Trading Post » à Williston. La documentation nous promettait un voyage dans les années 1850, à l’époque florissante du commerce des fourrures dans le Haut Missouri. C’est ici que les tribus Assiniboine, Cree, Ojibway, Blackfeet et Hidatsa venaient échanger des peaux de bisons et autres fourrures pour des vêtements, des fusils, des couvertures, des couteaux et des chaudrons. Durant l’été, les employés du fort font revivre les personnages de l’époque. Et bien!, l’été n’est pas encore arrivé à Fort Union; il commence seulement la semaine prochaine, lors de la longue fin de semaine du Memorial Day. Nous avons fait un tour rapide du musée, nous nous sommes promenés dans la cour intérieure du fort et nous nous sommes amusés à regarder les nombreux chiens de prairie sortir de leurs trous.  Avoir su, nous serions restés nous promener au Theodore Roosevelt National Park. 

La vie sociale au Fort Union Trading Post
Les échanges commerciaux entre les marchands de fourrure et les tribus indiennes devinrent des occasions pour socialiser. Il y eut des mariages entre marchands et indiennes et des adoptions. Les marchands marièrent des femmes indiennes pour avoir de la compagnie, pour consolider des transactions d’affaires et aussi parce qu’il n’y avait pas de femmes blanches qui vivaient dans le Haut Missouri à cette époque. Dans les années 1850, la 2e génération des employés du commerce des fourrures était de sang mêlé, des métis. De façon générale, le commerce des fourrures dans le Haut Missouri, reflétait une période où les deux cultures vivaient en harmonie. Les commerçants n’essayaient pas d’imposer des restrictions au style de vie des indiens et de les forcer à vivre dans des réserves. Cette période dura 60 ans, soit à partir du retour de Lewis et Clark en 1806 jusqu’à la fin de la Guerre Civile en 1865. L’équilibre entre les deux cultures fut renversé lorsqu’un grand nombre de blancs commença à émigrer vers l’ouest durant la Guerre Civile, forçant les marchands de fourrure à fermer boutique et, éventuellement, contraignant les indiens à vivre dans des réserves.

Fin d’une époque

Dans les années 1840, l’arrivée des émigrants de l’Est accéléra la réduction du nombre de bisons qui étaient essentiels à la survie des indiens des plaines. L’avancée des pionniers au cours des années 1860 causa la fin de la chasse des bisons.  Les conflits avec les blancs et la découverte d’or dans le Montana causèrent la révolte chez les indiens.  Comme résultat, le gouvernement fédéral envoya des troupes armées pour contrôler les indiens. Finalement l’expansion du chemin de fer transcontinental amena plus de colons dans la région du Haut Missouri et mit fin à la résistance des indiens des plaines. 
Fort Union Trading Post



Un chien de prairie nous regarde

Tout près du Fort Union, se trouve le Fort Buford qui était un fort militaire pour la défense du confluent des rivières Missouri et Yellowstone.  C’est là que nous allons pique-niquer. La rivière Missouri continue vers l’ouest tandis que la rivière Yellowstone descend au sud jusqu’au pied des Montagnes Rocheuses.  Lors de leur voyage de retour en 1806, Lewis et Clark avaient pris des chemins différents, Lewis revenant par le Missouri et Clark par le Yellowtone. Ils s’étaient donné rendez-vous au confluent des deux rivières, à l’endroit où nous nous trouvons présentement. Clark écrit dans son journal, en date du 4 août 1806, « Les tourments que nous infligent les moustiques et le besoin que nous avons de nous approvisionner en viande de bisons, m’obligent à continuer et à trouver un endroit où les moustiques seront moins agressifs. L’enfant de Sacagawea a été tellement piqué par les moustiques que son visage est tout bouffi et tuméfié. » Il écrivit une note à Lewis pour l’en informer et la fixa à un arbre. 

Nous continuons notre route vers le sud-ouest et nous entrons dans le Montana. Nous sommes maintenant dans le fuseau horaire des montagnes, donc nous reculons nos montres d’une heure, ce qui nous donne deux heures de différence avec les gens de l’Ontario et du Québec.  Nous nous arrêtons pour la nuit dans un RV Park à Glendive, situé derrière l’hôtel Astoria.  Pour $22, nous avons les trois services et, comme voisins, un couple de pique-bois nichés dans l’arbre sur notre site. Nous passons au moins 30 minutes à essayer de les photographier pendant qu’ils font des allers-retours dans les arbres voisins.  

Nos voisins, les pique-bois
De Fort Mandan à la rivière Marias, 7 avril au 2 juin 1805
Le soir du 7 avril, Lewis pris un léger souper et se coucha tôt. Son lit était fait d’une peau de bison avec une couverture placée à l’intérieur. Dans le tepee, dormaient aussi Clark, Charbonneau, Drouillard, Sacagawea et son bébé. Les soldats dormaient à l’extérieur.  En plaçant Sacagawea dans la tente entourée des deux capitaines, ils la protégeaient des tentations qu’auraient pu avoir les autres hommes.  Cet arrangement a fonctionné car il n’y a aucune indication dans les écrits des capitaines qu’avoir une jeune femme parmi ces soldats forts et en santé ait causé problème.

Ce soir-là, Lewis écrit dans son journal un texte qui devint célèbre. « Nos navires consistent en six petits canots et deux larges pirogues. Cette petite flotte,  bien que pas aussi respectable que celle de Christophe Colomb ou Capitaine James Cook, est pour nous une source de plaisir comme celle de ces personnages célèbres leur en ont procurée. … Nous allons maintenant pénétrer une région d’au moins 2000 milles de large que les pieds d’un homme civilisé n’ont jamais foulée. »

Sacagawea montrait déjà qu’elle pouvait apporter sa contribution. Quand l’expédition s’arrêtait pour souper, elle partait à la recherche d’artichauts sauvages, qu’on appelle maintenant topinambours. Ces racines étaient les bienvenues et très appréciées des hommes.

La pirogue blanche était plus petite et plus stable; six rameurs la propulsait et transportaient les instruments astronomiques, les médicaments, les meilleurs produits pour le commerce, les journaux et les notes des capitaines ainsi que les tonneaux de poudre.    Sacagawea et son bébé bien enveloppé dans le porte-bébé attaché au dos de sa mère, Charbonneau, Drouillard et les deux capitaines ramaient dans la pirogue rouge.  Le 15 avril l’expédition pénétrait au cœur des ténèbres : déserts, montagnes, grands cratères et tribus indiennes guerrières. Lewis savait qu’à partir de ce moment et jusqu’à ce qu’il atteigne le Pacifique, il créait l’Histoire.

La région, des deux côtés du Missouri, était une plaine fertile aussi loin que les yeux pouvaient se porter et où il n’y avait pas un seul arbre. Le manque d’arbres pouvait s’expliquer par la coutume des indiens de brûler la prairie à chaque printemps.  Le 27 avril, Lewis écrit : « bien que le gibier soit abondant et tranquille, nous tuons seulement la quantité nécessaire pour notre nourriture.  Je crois que deux bons chasseurs pourraient subvenir aux besoins en nourriture d’un régiment. Le travail des hommes était encore une fois tel que chaque soldat mangeait neuf à dix livres de viande à chaque jour. Cela veut dire que lorsque les capitaines allaient à la chasse, ils devaient rapporter 300 livres environ de viande.  Le premier mois de voyage dans cette région inconnue fut splendide. Aucun indien amical ou hostile ne fut rencontré.

Le 25 avril, Lewis arriva au croisement des rivières Missouri et Yellowstone.  Il décida de marcher et de  faire des observations célestes.  À 9h41, 9h42 et 9h43, il mesura l’altitude du soleil avec l’horizon à l’aide de son sextant. Il obtenait ainsi l’heure locale, essayant d’établir le moment du midi  contre lequel comparer l’heure de Greenwich. Il voulait établir la longitude à la jonction des deux rivières.  Il envoya le soldat Field en exploration sur la rivière Yellowstone avec l’instruction de la suivre aussi loin que possible tout en étant capable de revenir au camp le jour suivant.

Le lendemain vers midi, Lewis entendit plusieurs coups de fusils indiquant que Clark et ses hommes arrivaient à l’embouchure du Yellowstone. Il retrouva les hommes tous en bonne santé et heureux d’être enfin arrivés à cet endroit longtemps espéré.  Pour ajouter au plaisir, Lewis offrit une tournée de whisky et, au son du violon, ils passèrent la soirée à chanter et danser. 

Le soldat Field revint de son exploration et rapporta que la rivière Yellowstone serpentait vers le sud, que le courant était faible et que le fond de la rivière était sablonneux et vaseux.

Les Hidatsas avaient dit à Lewis que la rivière Yellowstone était navigable en pirogues et  en canots et prenait sa source dans les Montagnes Rocheuses (aujourd’hui le Parc national Yellowstone) et qu’à partir de là, à une demi-journée de marche, on pouvait rejoindre la partie navigable du Missouri. Ils dirent aussi que la source de la rivière Yellowstone était adjacente à celles des rivières Missouri et Columbia. Si les capitaines avaient tenu compte des informations des Hidatsas et que les instructions de Jefferson n’avaient pas été si contradictoires, le président voulait qu’ils suivent le Missouri jusqu’à sa source, l’expédition aurait pu naviguer sur la rivière Yellowstone et la laisser plus au sud pour continuer vers l’ouest et traverser ensuite la ligne continentale, au-dessus d’une passe relativement basse (aujourd’hui Bozeman Pass). Ils auraient alors atteint les « Three Forks » du Missouri, leur épargnant ainsi deux mois de voyage.

 Le 8 mai, l’expédition arriva à la hauteur d’une rivière arrivant du nord. Pendant que les hommes mangeaient, Lewis marcha quelques trois milles. Il écrit dans son journal, « Je n’ai aucun doute que cette rivière est navigable sur une grande distance à voir la grande quantité d’eau qu’elle fournit. » Il la nomma Milk River. On sait aujourd’hui que cette rivière monte au-delà du parc national  Glacier, jusqu’en Alberta, et redescend vers le Montana.

Cet après-midi-là, Drouillard, Charbonneau et Sacagawea allèrent marcher. Sacagawea trouva de la réglisse sauvage des bois dont les racines appelées « pommes blanches », font partie de l’alimentation des indiens.  Ce nouveau légume était bienvenu car les hommes mangeaient presqu’exclusivement de la viande.  Certains souffrirent de scorbut à différents moments de l’expédition. Le 9 mai fut une bonne journée. Lewis tua un bison bien gras et garda la partie de viande nécessaire pour que Charbonneau puisse fabriquer du boudin blanc, un mets que les hommes affectionnaient particulièrement.

Le 11 mai, le soldat Bratton revint en courant le long de la berge en criant et en faisant des signes. A bout de souffle, il rapporta qu’il avait tiré et blessé un grizzly mais que la bête l’avait poursuivi sur une longue distance. Lewis n’était pas homme à permettre à un ours de vaincre un de ses hommes. Il ordonna à ses hommes dans la pirogue blanche de se joindre à lui pour partir à la quête de ce monstre.  Suivant les traces de sang, ils poursuivirent l’ours pendant un mille et le trouvèrent caché dans un épais buisson.  Ils le tuèrent de deux balles à la tête.  Trois jours plus tard, il y eut une autre bataille entre un ours et des hommes de l’équipage.  Pendant que cette dernière aventure avait lieu, Lewis en vécut une qui aurait pu être désastreuse pour l’entreprise.  Les deux capitaines étaient sur le rivage pendant que Charbonneau était à la barre de la pirogue blanche, malgré que Lewis le considérait comme le pire navigateur du monde. La voile de la pirogue était levée quand une soudaine bourrasque fit tourner le bateau.  En panique, au lieu de remettre la proue dans le sens du vent, Charbonneau tourna avec lui risquant de faire chavirer la pirogue.  Cruzatte cria à Charbonneau de prendre le gouvernail et tourner le bateau dans le sens du vent mais Charbonneau était complètement paniqué et n’entendait rien.  En peu de temps, la pirogue était remplie d’eau jusqu’à un pouce du bord et le contenu du bateau flottait au loin.  Heureusement Cruzatte fut capable de forcer Charbonneau à obéir en le menaçant de le tuer instantanément s’il ne le faisait pas.  Pendant ce temps, Sacagawea restait calme et attrapait la plupart des articles légers qui étaient tombés à l’eau. 

Durant la dernière semaine de mai, l’expédition entra dans une section de la rivière dominée par de hautes falaises escarpées.  Jusqu’à aujourd’hui, cette région demeure l’une des parties les plus isolées des États-Unis qui s’étend sur 160 milles, de l’extrémité est de Fort Peck Lake jusqu’à Fort Benton au Montana et qui a été désignée « A Wild and Scenic River » par le Congrès américain.

Dans l’après-midi du 26 mai, Lewis grimpa au haut d’une falaise. Quand il atteint le plus haut sommet, il aperçut pour la première fois les Montagnes Rocheuses dont les sommets étaient couverts de neige. Cette vue le remplit de joie mais aussi de consternation en réalisant les difficultés que cette barrière enneigée représentait pour atteindre le Pacifique, les souffrances et le dur labeur qui les attendaient.

Avec les montagnes en vue, la hâte de les atteindre et de les traverser devint de plus en plus grande, mais hélas les progrès étaient plus lents que jamais en raison des nombreux méandres de la rivière et l’abondance de rochers dans le fond peu profond de la rivière.  La plupart du temps, les hommes devaient pousser et tirer les embarcations.  L’eau était froide sur les jambes des hommes, le soleil brûlait leurs dos nus et les rochers pointus blessaient leurs pieds. 

Le 31 mai, l’équipage était dans la région de White Cliffs dont les falaises presque verticales atteignaient deux à trois cents pieds de haut et brillaient d’un blanc pur au soleil.  La rivière était pire que jamais. Pour les hommes, cela signifiait que leur labeur était incroyablement difficile et douloureux.  Encore là, ils le supportaient sans se plaindre. A midi, ils firent une pause pour se rafraîchir et eurent droit à un petit verre de whisky que les hommes acceptèrent avec bonne humeur.


Le 1er juin, la rivière fit un grand virage, obligeant l’expédition à changer de direction et aller vers le sud-ouest. Lewis passa une grande partie de la journée à marcher le long du rivage avec les chasseurs, à la recherche de wapitis. Il espérait arriver aux Great Falls du Missouri d’un jour à l’autre. Au crépuscule, l’équipage mit pied à terre sur la rive sud. De l’autre côté de la rivière, ils pouvaient voir une très grand rivière se déversant dans le Missouri. Qu’est-ce que c’était ? Selon les Hidatsas, ils avaient déjà passé le dernier affluent du Missouri. Les grandes chutes du Missouri étaient supposées être le prochain point de repère après Milk River. Il faisait presque noir, trop tard pour examiner cette rivière inattendue. 

dimanche 22 mai 2016

21 mai Fort Mandan et Knife River (North Dakota)

Nous effectuons notre première visite ce matin à Fort Mandan, au nord de Stanton. La reconstitution du fort n’est pas située à l’emplacement exact où il fut construit par les hommes de l’Expédition, mais elle est conforme aux plans tels que décrit par Lewis. En attendant l’arrivée du guide, nous nous promenons dans l’aire réservée aux enfants et jasons avec deux garçons de Winnipeg en voyage pour une semaine.  Jeune veut dire courtes vacances et vieux longues vacances. 

Photo de Seaman pour Maya, Camille et Chloé

Le menu à Fort Mandan: Beans, courge et wapiti
 Charles, notre guide, nous conduit au fort dont il garde précieusement les clés.  Est-ce qu’il a peur que les indiens viennent chaparder leurs précieux biens ? 45 soldats et 5 civils habitaient dans ce fort au cours de l’hiver 1804-1805 et il paraît qu’il faisait un record de froid. 

En entrant dans Fort Mandan
Nous visitons les quartiers des soldats, des sergents, de Charbonneau, Sacagawea et leur fils Jean-Baptiste,  des capitaines Lewis et Clark, les pièces servant à entreposer leurs réserves et outils ainsi que la forgerie. Il ne manque que les rires des soldats et la senteur. 

Le lit de Lewis
Le bureau de Lewis et son journal
Serge en capitaine Lewis
Les haches de guerre pour les indiens fabriquées par soldat Shields

Lors de leur voyage de retour, Lewis et Clark ont noté dans leurs journaux que Fort Mandan avait été emporté en partie par la rivière et que l’autre section avait brûlé.

En route pour le site historique de Knife River, Serge se fait arrêter par la police pour avoir conduit à 57 km/heure dans une zone de 45 km/heure. Est-ce dû à son grand âge (70 ans) et son coco tout gris, le gentil policier lui a donné seulement un avertissement, Ouf!

Nous effectuons notre dernière visite de la journée aux village indiens de Knife River. Le long d’un sentier de 3 kilomètres aller-retour se trouvent les emplacements des trois villages hidatasas que Lewis et Clark ont visités durant l’hiver 1804-1805.  Sakagawea et Charbonneau habitaient dans l’un d’eux avant la venue de Lewis et Clark. Il faut imaginer les villages car il n’y que des affiches explicatives qui racontent l’histoire des trois villages.  Heureusement, au début du sentier, nous pouvons visiter une immense maison de terre bien aménagée.  15 à 20 personnes vivaient dans ce type d’hutte. 

Knife River

Hutte des Hidatsas
Lits confortables à l'intérieur de la hutte
Le chef Mandan, Big White, que Lewis et Clark ont rencontré et tellement estimé, a une histoire hors de l’ordinaire.  Sheheke (Big White) est né aux environs de 1766. A l’âge de 15 ans, son univers bascula quand la plupart des personnes qu’il connaissait moururent en l’espace de quelques mois au cours de l’épidémie de petite vérole de 1781. Avec les quelques survivants, il partit vers le nord et fut choisi comme chef du nouveau village, Mitutanka, près de la rivière Knife. Il fut choisi pour sa générosité, sa compassion envers les moins fortunés et pour son respect des traditions de son peuple. En 1797, il rencontra David Thompson, un géographe canadien, qui rédigeait des cartes et était intéressé à connaître les peuples et les terres de l’ouest.  Quand arriva Lewis et Clark 7 ans plus tard, Sheheke était heureux de rencontrer d’autres blancs ayant les mêmes intérêts et accepta de grand cœur de les aider à passer l’hiver.  Il eut ses paroles généreuses, « Si nous mangeons, vous mangerez, si nous mourons de faim, vous mourez de faim aussi.  Sheheke avait une seule femme, Yellow Corn. Avec sa femme et son fils de deux ans, Sheheke voyagea jusqu’à Washington et rencontra Thomas Jefferson. Le fils de Sheheke et Yellow Corn, White Painted Face, et leur petit-fils,Tabacco, survécurent à l’épidémie de petite vérole de 1837 et plusieurs familles Mandans ont pour ancêtres Sheheke et Yellow Corn.  Je rapporte dans mes bagages le livre sur la vie de Sheheke.

Ce soir nous campons au camping Juniper du Theodore Roosevelt National Park.  C’est un camping sans électricité, comme la plupart des parcs nationaux, plein de verdure et avec de nombreux sentiers de marche. Il vente à écorner les bœufs et ce soir nous dormons le toit baissé pour assourdir le bruit du vent et nous sentir plus en sécurité. 

A Theodore Roosevelt National Park
L’hiver à Fort Mandan, 21 décembre 1804 au 21 mars 1805
Les indiens pouvaient supporter plus facilement le froid.  A plusieurs occasions, les Américains rencontrèrent des indiens qui avaient passé la nuit dans la plaine, sans feu, de minces mocassins dans les pieds, des pantalons et une chemise en peau d’antilope comme vêtements et avec seulement une peau de bison pour les couvrir. La rivière était suffisamment gelée pour qu’un troupeau de bisons puisse la traverser dans briser la glace. 

Pendant ce temps, les capitaines gardaient les hommes occupés parce qu’il y avait beaucoup de travail à faire et aussi parce que les officiers savaient qu’un soldat oisif est un soldat qui s’ennuie et risque de causer de sérieux problèmes.  A la mi-février, un groupe de 105 Sioux attaquèrent Clark et quelques hommes partis à la chasse pour les voler. Ceux-ci ne se laissèrent pas intimider et les combattirent avec détermination, perdant seulement deux traîneaux et deux couteaux.  Les relations avec les Mandans étaient différentes.  Les chefs et les capitaines, les guerriers et les hommes de l’expédition allaient chasser ensemble, faisaient du commerce, plaisantaient et discutaient du mieux qu’ils pouvaient à travers la barrière des langues.  Les Mandans et les Hidatsas connaissaient la région à l’ouest et étaient heureux de partager leurs connaissances avec les capitaines. 

Le 1er janvier 1805, Clark et la moitié des hommes allèrent au village Mandan en bas de la rivière, à la demande du chef, pour danser au son des tambourines et du violon du soldat Cruzatte.   Le jour suivant, ce fut le tour de Lewis et son équipe de se rendre à l’autre village Mandan pour danser avec les indiens.

Durant l’hiver, Lewis exerça à plusieurs occasions ses connaissances médicales. Son expérience la plus inhabituelle fut  lorsqu’il aida Sacagawea, la femme de Charbonneau, à donner naissance à son premier enfant le 11 février. Ses douleurs étaient intenses et duraient depuis plusieurs heures.  La coutume indienne était de lui administrer une portion de queue de serpent. Lewis en brisa une en morceaux qu’il mélangea à un peu d’eau.  Dix minutes après en avoir bu, Sacagawea donna naissance à un garçon en pleine santé; il fut nommé « Jean-Bapiste Charbonneau ».  La famille avait sa propre hutte dans le fort Mandan et les cris du bébé affamé résonnèrent dans tout le fort, causant le mal du pays aux hommes, en leur rappelant leurs propres familles. Dans une longue lettre à sa mère, écrite à cette période, Lewis consacre une grande partie à parler de ses frères et sœurs.  

Le 4 février, Lewis écrit dans son journal que l’expédition était sur le point de manquer de viande mais qu’ils avaient suffisamment de maïs, grâce à un soufflet de forge. Le soldat Shields était un habile forgeron et faisait affaires avec les indiens  pour réparer les fers des chevaux, aiguiser les haches en échange de maïs.  Shields avait besoin de nouvelles idées pour attirer les indiens.  Il existait une forme particulière d’haches de guerre que les indiens affectionnaient et Shields était capable de les fabriquer.  Il utilisa la tôle d’un vieux poêle hors d’usage,  pendant que les hommes coupaient du bois pour fabriquer les manches pour accélérer la production. Encore là les Américains n’arrivaient pas à produire les haches de guerre assez rapidement.  Les indiens étaient d’habiles négociants. Après  quelques argumentations, le prix fut fixé à 7 à 8 gallons de maïs pour chaque outil, satisfaisant les deux parties. 

Quelques jours plus tard, Lewis reçut la visite de Black Cat, le chef du village Mandan en haut. La femme de Black Cat donna à Lewis deux paires de magnifiques mocassins.  Il lui donna un miroir et une couple d’aiguilles.  Black Cat resta à souper aux quartiers des capitaines. Ce soir-là, Lewis écrivit dans son journal, « cet homme possède plus d’intégrité, d’intelligence et de perspicacité que tous les indiens que j’ai rencontrés à ce jour. »

Et que faisait le président Jefferson pendant ce temps ?  Que savait-il de l’expédition ?  Très peu. Après que l’expédition ait quitté St. Charles, il n’avait reçu aucun message.  Les chefs Osages pour lesquels Lewis avait organisé un voyage accompagné à Washington arrivèrent en juillet 1804 et rencontrèrent le président.  Jefferson fut heureux d’avoir enfin quelques nouvelles de Lewis et de l’expédition.

Le premier jour du printemps il a plu, la première pluie depuis l’automne.  La glace sur la rivière commença à craquer.  Les indiens mirent le feu à l’herbe sèche pour encourager la nouvelle herbe à pousser, pour le bénéfice des chevaux et pour attirer les bisons. La joie du printemps était partout et doublement bienvenue par les hommes de l’expédition qui avaient survécu à l’hiver le plus froid de leur existence.  Ils travaillaient avec enthousiasme, impatients de repartir sur l’eau. Des équipes d’hommes réparaient le bateau, tandis que d’autres construisaient des canots, empaquetaient, fabriquaient des mocassins, préparaient des morceaux de viande séchée et tout cela en chantant.

Pendant que les hommes s’affairaient à leur travail, les capitaines écrivaient leurs rapports pour Jefferson.  Il y avait tant de choses à écrire que Clark se plaignait qu’il n’avait pas le temps d’écrire à sa famille.  Une des responsabilités de Lewis était de faire des recommandations à Jefferson sur comment éloigner les Anglais de la rivière Missouri afin que les Américains puissent prendre possession de la traite des fourrures.  « Je suis convaincu qu’aussi longtemps que des mesures ne seront pas prises par notre gouvernement pour défendre tout trafic entre les Sioux et les compagnies Anglaises faisant le commerce des fourrures, les citoyens Américains ne pourront pas jouir des avantages importants que la navigation sur le Missouri présente. » Il recommanda que des garnisons soient établies aux endroits  où les soldats pourraient empêcher les Anglais de venir du Canada par le Dakota et par aujourd’hui le Minnesota. « Si le commerce entre les Sioux et les Anglais est interdit pendant plusieurs années, les Sioux vont être amenés à dépendre du gouvernement américain pour leur approvisionnement et cela sans effusion de sang. »  Connaissant ce qui est arrivé aux Sioux au cours des 71 années suivantes, on peut dire que c’était une prédiction désespérément optimiste.


Le 5 avril, le bateau, les deux pirogues et les six nouveaux canots étaient mis à l’eau et, le jour suivant, les hommes les remplirent d’équipements et de marchandises. Le 7 avril, le bateau repartit vers l’est pour St. Louis avec à son bord le caporal Warfington, 4 soldats, 4 voyageurs français et Gravelines comme interprète,  tandis que les pirogues et les canots partirent vers l’ouest avec l’équipage permanent.  

samedi 21 mai 2016

20 mai – Fort Abraham Lincoln State Park (North Dakota)

Nous partons tôt ce matin (8h00). Trudell doit encore dormir dans sa tente et, je pense qu’il ne sera pas au travail à 9h00 ce matin.  A 11h30 hier soir, il est venu cogner à notre porte.  Il voulait emprunter notre téléphone pour appeler un taxi. Il était ivre et incohérent. Il avait de la difficulté à signaler le numéro et répétait continuellement « I’m sorry … ». Nous avons compris qu’il avait un problème de boisson, ce qui explique qu’à 50 ans, après 6 ans dans l’armée, il végète de ville en ville et d’emploi à emploi. 
 
Serge et Trudell à son meilleur
Nous prenons la direction nord par la route 83 et pendant 350 kilomètres, tout ce que nous voyons c’est d’immenses plaines de cultures et quelques rares vaches.  Nous arrivons à Fort Abraham Lincoln State Park, à Mandan, à 12h30.  C’est vendredi, donc le début de la fin de semaine et le camping est très occupé.  Les pick-ups et fifth-wheels arrivent un après l’autre. Comme nous restons une seule nuit, nous avons la chance d’obtenir un beau site près de la rivière.

On peut camper dans des tipis à Fort Abraham Lincoln State Park
En 1876, Fort Abraham Lincoln était sous le commandement du Lieutenant-Colonel Custer, C’est d’ici que le 17 mai, les troupes de la 7e cavalerie marchèrent vers l’ouest jusqu’à la rivière Little Big Horn. Le 25 juin, Custer et une partie des soldats furent tués lors d’une bataille avec les indiens.  Du fort, il ne reste que quelques baraques reconstituées qu’occupaient les soldats, et la réplique de la maison du L-C Custer et son épouse.   En après-midi, nous nous rendons la visiter en compagnie d’un guide qui personnifie un soldat de l’époque. La vie était peut-être ennuyante pour Madame Custer, mais elle avait la chance d’avoir une belle demeure et des serviteurs à son service. 

Soldat Trandess à Fort Abraham Lincoln
La maison du Lieutenant-Colonel Custer
Les Custer étaient musiciens

Un mini-bain en 1735
Une autre attraction intéressante au Fort Abraham Lincoln est la reconstitution du « Slant Indian Village ». Ce village fut occupé par les indiens Mandans entre 1650 et 1750 et était constitué de 75 maisons construites sous des buttes de terre.  Les Mandans étaient des jardiniers. Les femmes faisaient pousser du maïs, des fèves, des courges et des tournesols ce qui permettait à la tribu de survivre aux rudes hivers. Ils pratiquaient la polygamie car il y avait deux fois plus de femmes que d’hommes en raison du danger d’être chasseurs.  A l’automne 1804, quand Lewis et Clark arrivèrent à l’emplacement du village, il était en ruine, ses habitants ayant succombé à une épidémie de petite vérole.

Maison des Madans au village O-Slant

L'intérieur d'une maison sous terre
Mandans, automne 1804
S’il fut un temps où l’expédition de Lewis et Clark ressembla à une gang de gars partis pour un long voyage de camping, ce fut dans la première moitié d’octobre 1804. L’automne sur la rivière Missouri dans les Dakotas était un vrai délice. Les grands mammifères des plaines étaient regroupés en troupeaux et les voir traverser la rivière tous ensemble était une des plus belles scènes de la nature.  Pour Lewis, c’était un temps magique.  Il passait la majorité de son temps à explorer et marcher le long de la rive, retournant au bateau à la noirceur.  Il était un grand marcheur, avec de longues jambes, capable de couvrir 30 milles (48 km) par jour sur les plaines. 

En passant par la partie nord du Dakota sud, l’expédition rencontra plusieurs villages abandonnés. Ceux-ci avaient déjà été habités par la puissante tribu des Arikaras. Des 30,000 indiens qui y vivaient, la tribu avait été réduite à pas plus d’un tiers dans les années 1780 par une épidémie de variole. Une autre épidémie survenue en 1803-1804 décima encore la tribu. Où il y avait 18 villages l’année précédente, il n’en restait que trois au moment où Lewis y arriva.

Le 8 octobre, le bateau passa une île près de l’embouchure de Grand River, lieu des trois villages Arikaras. L’île était un grand jardin où poussaient du maïs, des fèves et des courges. Lewis reçut un accueil chaleureux de la part des Arikaras.  Il y rencontra Joseph Gravelines, un commerçant de fourrures, qui vivait avec eux depuis trente ans et qui fut pour lui une source inestimable d’information sur la région du Haut-Missouri, en plus d’être un excellent interprète avec les Arikaras. Le 10 octobre, les chefs et quelques guerriers vinrent rencontrer Lewis et Clark à leur camp. Après avoir fumé et échangé des présents, Lewis leur fit son discours habituel. Lorsqu’il eut terminé,  les capitaines leur remirent le ballot numéro 15  qui avait été préparé pour eux il y a quelques mois à Wood River. C’est à se demander pourquoi ils n’avaient pas été aussi généreux avec les Sioux.  Les capitaines offrirent du whisky aux Arikaras, mais non seulement ceux-ci refusèrent, ils embarrassèrent Lewis et Clark en leur faisant remarquer qu’ils étaient surpris que leur grand chef leur offre de la boisson qui les faisait agir comme des fous.

Dans l’après-midi, les hommes visitèrent les villages. York, l’esclave noir de Clark, fit sensation. Sa taille était impressionnante. Les Arikaras n’avaient jamais vu un homme noir et ne pouvaient pas décider si c’était un homme, une bête ou un être spirituel. Pendant ce temps, les soldats profitaient des faveurs des femmes Arikaras, souvent encouragées par leurs maris qui croyaient qu’ils pourraient acquérir de la puissance des blancs transmises à eux par leurs femmes.  Ce que les Arikaras ont attrapé de leur hospitalité envers les commerçants blancs venus précédemment,  ce sont des maladies vénériennes, qui étaient endémiques dans le village, et les ont transmises aux hommes de l’expédition.

Le jour suivant les chefs Arikaras firent connaître leur réponse aux propositions de Lewis.  Ils dirent qu’ils étaient heureux d’avoir un nouveau grand chef et que la route était ouverte à l’expédition pour toujours. Ils demandèrent aux capitaines de faire la paix entre leur peuple et les Mandans. L’un d’eux accepta de monter à bord du bateau et de faire le voyage jusqu’aux villages Mandans pour parler au conseil de bande avec le support de la délégation des Américains.

Le 24 octobre, l’expédition était rendue au nord de la ville actuelle de Bismarck et approchait des villages Mandans qui étaient le centre du commerce des Plaines du Nord, attirant les indiens des régions  les plus éloignées. Nulle part ailleurs on pouvait voir d’un simple coup d’œil la diversité et le style de vie coloré des indiens des Plaines. On pouvait y acheter ou vendre des chevaux et des mules espagnols, des vêtements de cuir Cheyenne de grande qualité, des fusils Anglais,  de la viande, des produits de toutes sortes, des fourrures, des peaux de bison, des couvertures et des instruments de musique. C’était une période de festivités dans les cinq villages.

Il y avait deux villages Mandans. Celui au bas de la rivière était dirigé par le chef Big White et celui au haut de la rivière par le chef Black Cat.  Sur la rivière Knife, il y avait trois villages Hidatsas. Le jour même les capitaines rencontrèrent le chef Big White accompagné de 25 chasseurs.  Avec Gravelines à ses côtés, Lewis introduisit Big White au chef Arikara avec beaucoup de cordialité et de cérémonie. Ils se rendirent tous ensemble au village.  La paix semblait possible entre les Arikaras et les Mandans.  C’était un bon début pour les capitaines avec les indiens qui seraient leurs voisins tout l’hiver. Malgré cela, ils restaient prudents. Il y avait 4000 indiens dans les cinq villages et parmi eux 1300 guerriers. Heureusement les Mandans demeuraient amicaux.

Au matin du 31 octobre, le chef Black Cat invita Clark à son campement pour entendre ce qu’il avait à dire. Black Cat répondit à Clark que son cœur serait rempli de joie s’il pouvait y avoir une paix entre les Arikaras et les Mandans et que les hommes Mandans puissent chasser sans peur et que les femmes Mandans  travaillent dans les champs sans toujours surveiller des ennemis potentiels.

Les quartiers des capitaines étaient au Fort Mandan lequel était situé sur la rive nord du Missouri, directement en face du village Mandan plus bas.  La construction avait commencé le 3 novembre et consistait en deux rangées de huttes avec une palissade du côté de la rivière, une porte et un poste de sentinelle. 

Le 4 novembre, un canadien-français du nom de Toussaint Charbonneau vint les visiter pour offrir ses services comme interprète. Il vivait parmi les Hidatsas et était un commerçant indépendant. Ses deux squaws (ou femmes) étaient Shoshones une tribu qui vivait dans les Montagnes Rocheuses à la source du Missouri. Quatre ans plus tôt un groupe de guerriers Hidatsas avait capturé ces deux jeunes adolescentes. Charbonneau les avait gagnées lors d’un pari avec les guerriers.  Avec enthousiasme, les capitaines acceptèrent l’offre de Charbonneau, pas tellement pour l’intérêt qu’il présentait mais parce que ses femmes parlaient la langue des tribus des montagnes.  En raison des difficultés qu’ils avaient connues avec les Sioux, ils savaient combien il était difficile de communiquer avec les indiens sans un interprète.  Ils signèrent immédiatement un contrat avec Charbonneau et une de ses femmes pour continuer le voyage avec eux. Charbonneau choisit Sacagawea qui avait 15 ans et était enceinte de 6 mois.

Les mots paix et guerre n’avaient pas la même signification pour les Américains et les indiens.  Les hostilités pouvaient reprendre à tout moment entre les tribus, sans raison apparente autre que la fébrilité des jeunes guerriers stimulés par leur désir d’honneur et de gloire. Les capitaines étaient impuissants et naïfs face à cette situation et se mêlaient d’affaires qu’ils ne comprenaient pas.  Cependant les Mandans étaient patients avec eux.  Les hommes de l’expédition mangeaient une grande quantité d’aliments à chaque jour. Pour passer l’hiver, les Américains allaient avoir besoin des réserves de maïs, de fèves et de courges des indiens et trouver une source d’approvisionnement en viande.  Le 7 décembre, un chef Mandan arriva au fort pour rapporter qu’il y avait un grand nombre de bisons sur les collines quelques milles plus loin. Il offrit des chevaux aux soldats et demandèrent aux Américains s’ils voulaient joindre les Mandans à une chasse, ce que Lewis accepta d’emblée. Lewis et ses hommes tuèrent onze bisons ce jour-là et neuf le jour suivant.  La température était -43 Celsius durant le jour et il restait encore 13 jours avant l’arrivée officielle de l’hiver. 

vendredi 20 mai 2016

19 mai – Charberlain et Pierre (South Dakota)



Aujourd’hui, jeudi, nous partons de Yankton par la route 81 en direction nord pour Chamberlain. Nous nous éloignons de la rivière Missouri qui continue son cours vers le nord-ouest.  Nous sommes encore dans les grandes plaines et si nous étions au Canada, nous serions au Manitoba.

Chamberland est une petite ville dont l’attrait principal est le musée Akta-Lakota. Ce musée est situé dans l’école indienne St. Joseph qui accueille des enfants indiens Lakota depuis près d’un siècle. 

À l'entrée du musée Akta-Lakota
 Le musée fait revivre la culture de ce peuple qui, avant l’arrivée des blancs, était centrée sur les bisons. Les hommes les chassaient et ensuite les femmes  les dépeçaient, chargeaient la viande sur leurs chevaux et travois et les ramenaient au village. Toutes les parties du bison avaient son usage. La viande qui n’était pas consommée immédiatement était séchée. Les femmes fixaient les peaux au sol et les nettoyaient. Elles servaient à recouvrir les tipis, à fabriquer des vêtements et la literie. 

Le tannage des peaux de bison

De leur côté, les guerriers développaient un lien très fort avec leur meilleur cheval. Cette relation faisait la différence entre une chasse fructueuse et la vie ou la mort lors d’une bataille.  

Un guerrier Lakota
 Après la venue de Lewis et Clark en 1804, vinrent les marchands de fourrures, les explorateurs, les missionnaires, l’armée et les colons, causant de grands changements dans les plaines et apportant un lot de maladies qui décimèrent la moitié de la population. En 80 ans les grands troupeaux de bisons avaient disparu. 
 
Le roi des lieux, le bison
 Après dîner, nous continuons notre route vers l’ouest jusqu’à la ville de Pierre. Cette ville a un lien avec nous canadien-français, car Louis de la Vérendrye, ce nom ne dira rien aux plus jeunes d’entre vous,  y grava une plaque le 30 mars 1743, et y inscrivit qu’il prenait possession de cette terre au nom Louis XV, Roi de France. En 1742, les deux frères La Vérendrye avaient été envoyés par leur père à la recherche de la route vers la Chine. Pendant 14 mois, Louis et François voyagèrent à pied, à dos de cheval et en canot à la recherche de cette route, campant avec les indiens.  Ils ne trouvèrent pas cette route, mais furent les premiers blancs à voir les grandes plaines du Dakota.

Par un heureux hasard, un groupe d’adolescents de Pierre découvrit cette plaque le 16 février 1913. Elle est maintenant exposée au « Cultural Heritage Center » que nous visitons aujourd’hui.  Ce musée raconte l’histoire des peuples qui ont vécu dans le Dakota au cours des siècles derniers jusqu’à aujourd’hui.  Une grande place est accordée aux premiers habitants, le peuple autochtone, et encore une fois leur histoire est bien triste. 

Les premières maisons des colons, faites de terre séchée

Ce soir, nous campons au Griffin Park Campground, qui est plutôt un stationnement pour VR avec électricité, au bas coût de $16 la nuitée. Heureusement nous ne sommes pas nombreux et les voisins sont éloignés. La vue est cependant magnifique sur la rivière Missouri. Nous rencontrons Trudell Ironrope, un indien Lakota, dont le grand-père était canadien-français, qui campe en face de nous. Trudell vient nous rejoindre après souper et en a long à raconter sur le sort des indiens d’Amérique.  Il tient un discours plein d’amertume et n’a pas de bons mots pour les blancs.  Pourtant Serge fait son possible en lui offrant une bière et du chocolat, et moi du gâteau aux bananes.  Disons que maintenant, les seuls blancs qui auront grâce à ses yeux sont les canadiens. 


Vous voulez savoir ce que Trudell pense de Donald Trump? Selon lui, s’il devient président, il ne vivra pas longtemps car ils (les américains) vont le tuer. Il paraît que les pauvres ne l’aiment pas, enfin ils n’aiment pas les milliardaires.

Pendant ce temps, que se passe-t-il en 1804 ?

La rencontre avec les Sioux, septembre 1804
Au cours des deux premières semaines de septembre, l’expédition entra graduellement dans la région des Hautes Plaines. La faune devint de plus en plus abondante. Il y avait des troupeaux de wapitis dans tous les taillis près des berges de la rivière.  Les cerfs étaient aussi nombreux que les oiseaux. Au cours de la troisième semaine, les capitaines envoyèrent à nouveau le soldat Colter à la recherche de Shannon.  Deux jours plus tard, des traces le long de la berge indiquaient que Shannon avait perdu un cheval. Faire avancer le bateau et les pirogues à contre-courant demandait un effort considérable pour chaque homme, par conséquence, ils mangeaient prodigieusement.  Chacun mangeait neuf livres de viande par jour et tout ce que la région pouvait leur offrir de fruits. Malgré cela, ils avaient toujours faim.

Le 8 septembre, Lewis alla à la chasse et tua son premier bison.  Tous ensemble, les chasseurs rapportèrent ce soir-là 2 bisons, 1 gros wapiti, 1 jeune wapiti, 3 cerfs, 3 dindons sauvages et 1 écureuil. Le jour suivant, les capitaines furent étonnés de voir un troupeau de 500 bisons broutant près de la rivière. 

Troupeau de bisons au temps de Lewis et Clark
Le 11 septembre, comme le bateau passait un coude de la rivière, le rameur en avant aperçut Shannon assis sur la berge. Le bateau s’approcha et Shannon monta à bord. Il était extrêmement faible, presque mort de faim. Après avoir mangé un peu de viande séchée, il raconta son histoire.  Il était certain que le bateau était en avance sur lui. Il a donc essayé de le rattraper pendant 16 jours.  Les 12 derniers jours, il n’avait plus de balles pour son fusil et avait dû se nourrir de raisins et de prunes.  Réalisant qu’il était trop faible pour rattraper le bateau, il décida de s’asseoir sur la berge dans l’espoir qu’un canot de commerçants venant des villages Mandans passe par là pour se rendre à St. Louis.

En raison des vents du sud en ce début d’automne, l’expédition avançait rapidement, faisant jusqu’à 35 milles en une journée. Le 23 septembre, ils campèrent dans un bosquet de peupliers.  Comme ils installaient leurs tentes, trois jeunes Sioux Tetons arrivèrent à la nage. Avec l’aide de Drouillard qui communiquait avec eux par le langage des signes,  ils apprirent qu’un groupe de huit huttes campaient à l’embouchure de la rivière suivante et six autres à une courte distance de là. Les capitaines leur dirent d’informer leurs chefs qu’ils viendraient le lendemain pour un conseil de bande.  Au matin, l’expédition passa l’île où Colter, avec le dernier cheval appartenant à l’expédition, avait campé durant la nuit et tué quatre wapitis. Comme les hommes chargeaient la viande sur le bateau, Colter accourut sur la berge en criant que les indiens avaient volé son cheval.  Peu de temps après, les capitaines virent cinq indiens.  Ils amarrèrent le bateau et allèrent leur parler. D’un ton sévère, ils leur dirent qu’ils ne parleraient à aucun Teton aussi longtemps que le cheval ne leur serait pas rendu.

L’expédition arriva à l’embouchure de la rivière suivante, sur l’actuel site de la ville Pierre au South Dakota, en fin d’après-midi.  Par précaution, ils ancrèrent le bateau et les capitaines mirent l’équipage en état d’alerte avec un tiers des hommes à terre sur leurs gardes et les autres campant à bord du bateau et des pirogues.  Au matin, les capitaines levèrent le drapeau et se préparèrent pour le conseil, en prenant la précaution de laisser la majorité des hommes à bord du bateau. A 11h00, trois chefs et un grand nombre de guerriers arrivèrent, apportant une grande quantité de viande de bison en cadeau. Les capitaines leur offrirent de la viande de porc.  Ensuite ce fut le temps de la discussion. A leur consternation, les capitaines découvrirent rapidement que Cruzatte ne parlait pas le langage des Tetons à l’exception de quelques mots et que Drouillard ne pouvait pas communiquer par le langage des signes les propositions relativement complexes du discours de Lewis. Coupant court à son discours, il commença son spectacle avec la parade des soldats, son fusil à air et le reste. Finalement il donna des médailles et des cadeaux aux chefs.  De plus, il donna au chef Black Buffalo un manteau militaire rouge et un chapeau bicorne. « C’est tout? » demandèrent les Tetons, incrédules. « Quelques médailles et un chapeau ridicule? »

Sentant le mécontentement des chefs, surtout Partisan et Buffalo Medicine, les capitaines les invitèrent à monter à bord du bateau et leur offrirent un verre de whisky. Bientôt les chefs avaient vidé la bouteille et commencèrent à causer du trouble. Avec l’aide de sept hommes, Clark força les chefs à retourner à terre. Les chefs résistèrent et durent être mis dans le canot par la force. Quand le canot arriva à la berge, trois guerriers saisirent le devant du canot. Partisan insulta l’équipage et déclara n’avoir pas reçu suffisamment de cadeaux.  Il demanda un canot plein de cadeaux avant de permettre à l’expédition de continuer leur voyage.  C’était plus que Clark ne pouvait supporter. Sur le bateau, Lewis sortit son épée et ordonna à ses hommes de charger leurs armes et de se préparer à l’action. Le canon pivotant fut chargé de 16 balles de mousquet.  C’était un moment dramatique. Si Lewis avait crié « Fire! » et allumé la mèche du canon, toute l’histoire de l’Amérique du Nord aurait été changée.

Heureusement, Black Buffalo, un des chefs Tetons, s’avança pour arrêter l’hostilité. Il ordonna aux guerriers qui retenaient le canot de retourner à terre. Cependant les indiens gardaient leurs arcs tendus.  Lewis resta sur ses gardes, prêt à faire feu. Le désastre avait été évité mais la crise continuait.  De son côté, Clark qui était à terre, fit quelques menaces à Black Buffalo et lui dit que l’expédition allait continuer son chemin et que ses hommes n’étaient pas des « squaws » mais des guerriers.  Clark et ses hommes rejoignirent le bateau et l’expédition poursuivit sa route. La première rencontre avec les Sioux et les Américains fut un échec. Lewis et Clark n’ont pas réussi à faire bonne impression auprès des Sioux comme Jefferson leur avait ordonné. Au moins, aucun coup de feu ne fut tiré et aucune flèche lancée.

Le matin suivant, des centaines d’indiens curieux et anxieux les regardaient passer alignés sur les berges. A la demande de Black Buffalo, l’expédition jeta l’ancre près de son village. Les capitaines invitèrent hommes, femmes et enfants à monter à bord. Black Buffalo invita Lewis à visiter son village. Le village était un village classique de nomades avec une centaine de tepees et une population d’environ 900 indiens.  Ils étaient la Bande Brulé des Tetons et étaient d’excellente humeur, ayant gagné une grande bataille contre les Omahas deux semaines auparavant.  Ils avaient tué un grand nombre de guerriers Omahas et fait prisonniers 48 femmes et enfants.  Au cours de l’après-midi, Clark et tout l’équipage vinrent au village.  Au crépuscule, Clark et Lewis furent conduits à la grande tente du conseil au milieu du village. Après avoir fumé le calumet de paix, Black Buffalo parla avec solennité de son peuple et Clark répondit qu’il devait faire la paix avec les Omahas et, en geste de bonne volonté, libérer leurs prisonniers.  Black Buffalo se demandait sûrement pourquoi il devrait renoncer à des prisonniers de valeur seulement pour plaire à l’homme blanc. Néanmoins, les danseurs s’apprêtèrent à tenir la danse du scalp accompagnés des tambours et des chants des musiciens.  La danse se termina vers minuit. Black Buffalo offrit aux capitaines de jeunes femmes comme partenaires de lit, mais les capitaines refusèrent, trouvant cette coutume étrange.  Le soir suivant, il y eut une autre danse du scalp qui se termina vers 11h00, les capitaines à peine capables de rester éveillés. 

Le lendemain matin, l’expédition se prépara à repartir.  A ce moment, les Tetons arrivèrent sur la berge en grand nombre et armés.  Black Buffalo monta à bord du bateau et au même moment plusieurs guerriers attrapèrent la corde du bateau. Devant la vive réaction de Clark, Black Buffalo répondit que les guerriers voulaient seulement du tabac et qu’alors l’expédition pourrait continuer.  Ils ne demandaient pas tellement, c’était plutôt à titre de symbole car c’était l’usage que les Sioux réclament un paiement de l’homme blanc pour utiliser la rivière. Les capitaines jugèrent le prix trop élevé et perdirent patience. La confrontation continua. Black Buffalo fit preuve de sarcasme et s’indigna de voir les hommes blancs faire tant d’éclat pour une carotte de tabac. Peut-être piqué dans son orgueil, Lewis jeta pompeusement quelques carottes de tabac aux guerriers qui retenaient la corde du bateau. Après cela, le bateau pu repartir. La confrontation avec les Tetons était terminée.

C’était la fin de septembre et les soirées étaient froides. Les oies avaient commencé leur migration vers le sud, signe que l’automne était là. C’était le temps de se rendre le plus au nord et le plus à l’ouest possible avant que l’hiver s’installe.