jeudi 9 juin 2016

8 juin – Barkerville (Colombie Britannique)

Aux toilettes, mercredi matin, nous étions 100 dans ma toilette, moi et 99 moustiques. Mona aurait été malheureuse ici. Je crois même qu’un d’entre eux s’est immiscé dans mes bobettes. 

A 9h15, nous entrons sur le site historique de Barkerville.  L’histoire de cette ville a débuté avec  la découverte d’or dans le fleuve Fraser en 1858.  Bien vite, la nouvelle s’est répandue et les chercheurs d’or sont venus du monde entier pour explorer l’estuaire du Fraser. William Barker, un batelier anglais, fut du nombre. En 1862, il forma la Compagne Barker avec sept de ses compagnons. Leur concession n’était que de 30 par 250 mètres mais ils en sortirent, sur une profondeur de 17 mètres, près de 6 millions de dollars en or.  

La nouvelle de ce filon se répandit très vite et en peu de temps la ville de Barkerville s’établit aux alentours de la mine de Barker.  On y voyait des marchands de toutes sortes, des hôtels, des cafés, des salles de danse, des ateliers de différents métiers et des résidences privées.  La vie sociale de Barkerville était riche et variée.  Des danseuses de cabaret faisaient payer un dollar par danse pour les mineurs. 

Le 16 septembre 1868, un incendie se déclara.  En deux heures et demie presque toute la ville brûla et l’hiver n’était pas loin. La reconstruction de la ville commença aussitôt et en six semaines plus de 90 bâtiments furent reconstruits, la rue principale fut agrandie avec des trottoirs en bois surélevés de chaque côté de la rue.

Cependant, la gloire de Barkerville commença à s’évanouir bientôt. En 1958, à l’occasion du centenaire de la Colombie Britannique, le gouvernement désigna Barkerville comme parc historique.  Les derniers résidants ont été expropriés ou relogés dans le New-Barkerville.  C’est ainsi que la restauration de cette ville commença et se continue encore de nos jours. Pour ceux que ça intéresse, Billy Barker est mort pauvre, comme bien des chercheurs d’or. 

A Barkerville, vous pouvez manger, dormir et participer à de nombreuses activités d'animation.

Les élèves de Quesnel sont en journée pédagogique et en costumes d'époque
Vous pouvez loger à cet hôtel pour $140 la nuit, incluant le petit déjeuner
La propriétaire de l'hôtel vous attend
Des écolières bien fières de se faire photographier
Vite, la diligence arrive!
Les boulangères vous attendent
Nous arrivons dans le quartier chinois
Au magasin chinois, on trouve de tout
Lavage et repassage chez les chinois
Une visite à Barkerville est à ne pas manquer si vous passez par ici. Si vous voulez y dormir, il faut réserver car c'est souvent complet.

Après un arrêt à la bibliothèque de Prince Georges afin d’accéder à leur Internet pour payer nos comptes et vous envoyez le blogue d’hier, nous allons refaire nos provisions en nourriture et en vin.  Nous reprenons ensuite l’autoroute 96 sous la pluie, jusqu’à Vanderhoof.  C’est au Dave’s RV Park que nous nous arrêtons ce soir. Nous lui donnons cinq étoiles pour son aménagement, des douches très propres dans un bâtiment chauffé, les espaces gazonnés et son prix abordable. Pour ce jour d’anniversaire de mariage, nous voulons un peu plus de confort et surtout des douches. 

mercredi 8 juin 2016

7 juin – Cache Creek (Colombie Britannique)

Mardi, nous continuons notre route vers le nord par l’autoroute 1. Nos yeux ne peuvent pas se détacher du paysage montagneux inondé de soleil, du fleuve Fraser et de la rivière Thompson qui coulent à notre gauche ou à notre droite, selon le détour de la route.  Quelle belle province que la Colombie Britannique!

A quelques kilomètres de Skihist Provincial Park, nous nous arrêtons au-dessus du Gold Pan Provincial Park qui n’a que 14 sites, tous  situés sur le bord de la rivière Thompson; un autre excellent endroit où s’arrêter à la fin de la journée.  

Gold Pan Provincial Park
A cache Creek, nous nous rendons visiter le Ranch historique de Hat Creek, le long de la première route pour convois de wagons dans la région du Caribou. Les bâtiments sont comme ils étaient en 1901, certains d’entre eux datant de 1860. Ils furent les témoins de l’époque la plus vivante sur cette route qui desservait les diligences et les wagons de marchandises de la compagnie Express de la Colombie Britannique.  A la maison Hat Creek où s’arrêtaient les voyageurs, nous avons une  bonne idée de ce qu’était la vie aux postes frontiers, comme au saloon, à la salle à manger et dans les chambres au 2e étage.  Comme c’était l’époque de la rué vers l’or, les joueurs misaient des pépites d’or. C’est à se demander avec quoi ils payaient les prostituées qu’ils visitaient par la suite. 

Pas très accueillant le cowboy

Au saloon, on joue gros
 En sortant de l’hôtel, nous rencontrons un figurant qui s’adresse à nous en français.  Le monde est petit, c’est un étudiant originaire de Niagara Falls, qui a fait ses études primaires aux écoles LaMarsh et Nouvel-Horizon, deux écoles faisant partie du Conseil scolaire Viamonde où j’ai travaillé pendant 22 ans. 

Nous prenons ensuite la diligence pour nous rendre au village de la tribu Shuswap sur le bord de la rivière Bonaparte.  Une jeune indienne Shuswsap nous accueille et nous faire visiter son village comme il était avant l’arrivée des blancs.  Elle nous explique comment ils faisaient cuire leur nourriture, sécher ou fumer le poisson, cuire la viande dans des pits qui étaient les BBQ d’antan. Leur hutte d’hiver, construite à moitié dans le sol, pouvait accommoder entre 25 et 30 personnes de toutes les générations d’une même famille. Comme dans bien des tribus, elles appartenaient aux femmes. Ce qui nous a impressionnés, c’est la suerie, construite de branches de saule et recouverte de branches de sapin ainsi que de peaux de chevreuil et chauffée avec des roches volcaniques. On pourrait la qualifier d’ancêtre du sauna. 

En route pour le village indien

Notre guide Shuswap devant le fumoir à poissons
Si ça vous intéresse, à Hat Creek Ranch, vous pouvez louer un wagon pour la nuit, tout équipé.

Wagon à louer pour la nuit
 En route pour Barkerville, nous avons vu nos premiers ours sur la route 26, en pleine forêt,  qui semble conduire nulle part. L'un a traversé la route, l'autre était couché sur le bord du chemin, regardant les voitures passées. 


Nous terminons notre journée au camping Lowhee à Barkerville, village historique que nous visiterons mercredi matin.  Aujourd’hui nous avons parcouru 500 kilomètres et terminé notre journée à 18h00. Pas d’apéro ce soir, ni de petites bouchées et nous nous réfugions rapidement dans Oscar car les « No See » sont affamés et par milliers.

mardi 7 juin 2016

6 juin - Hell's Gate, Lytton (Colombie Britannique)

Lundi, avant de quitter Chilliwak, nous nous rendons à la bibliothèque municipale pour envoyer notre  blogue des derniers jours.  Déception! La bibliothèque est fermée les lundis.  Une jeune maman avec ses quatre enfants qui passent par-là, nous offre d’utiliser l’internet à sa maison. Nous sommes surpris par tant de générosité, mais nous acceptons.  Elle appelle son mari pour l’en informer et nous conduit chez elle.  Ses enfants ont entre 2 ½ et 7 ans et nous racontent toutes sortes de choses en marchant le long de la rue.  Ils s’en allaient ramasser des roches à la rivière. La maman s’appelle Monique et est originaire du Guatemala. Elle fait l’école à ses enfants à la maison.  Le papa s’appelle Gregg et est gérant de projets; il travaille de la maison.  Je pense que nous l’avons retardé dans son travail, mais il semblait intéressé par notre voyage et ceux que nous avons fait précédemment, surtout ceux en canot-camping avec les enfants. 

En route pour Hell’s Gate dans le Fraser Canyon, nous traversons une succession de tunnels à travers les montagnes le long de la rivière Fraser.  A notre arrivée à Hell’s Gate, je rappelle à Serge que nous étions venus à cet endroit en 1998, lors de vacances en Colombie Britannique et Alberta.  Deux fois en 18 ans, ce n’est pas trop.  Cette fois-ci, nous nous attardons plus à l’histoire de ce spectaculaire canyon. 

En juin 1808, Simon Fraser naviguait en canot sur le fleuve Fraser, en route pour le Pacifique.  Il n’a pas pu franchir les eaux tumultueuses de Hell’s Gate, alors il passa le long des falaises par une série de ponts et d’échelles construits par les indiens Thompson. A l’été 1858, durant la ruée vers l’or, de violentes batailles eurent lieu à ce même endroit entre les chercheurs d’or et les indiens, ceux-ci se sentant menacés sur leurs terres par l’augmentation dramatiques de chercheurs d’or dans le canyon Fraser. Puis vint la construction des chemins de fer, dans les années 1880, qui causa des éboulements et bloqua le passage des saumons, en route pour le Pacifique.  Heureusement, des échelles à poissons
 furent aménagées entre 1946 et 1965, qui permirent la remontée des quantités de saumons rouges et de saumons roses à leurs niveaux antérieurs.  Six échelles à poissons ont été aménagées à différents niveaux, pour répondre aux besoins, selon le niveau d’eau du fleuve Fraser du début de l’été à la saison froide. 

Un tour de gondole au-dessus de Hell's Gate


Au cours des années 1920, le Trans Canada Highway fut construit. Entre les années 1920 et les années 1960, voyager en voiture à travers le canyon Fraser était très risqué, spécialement la section de Hell’s Gate. De nombreuses voitures plongèrent dans le fleuve et plusieurs vies furent perdues.


Nous terminons notre journée au parc provincial Skihist, situé à Lytton. Bien qu’il n’offre que des toilettes, des vraies, c’est un parc où il fait bon s’installer.  Les sites sont bien aménagés et très espacés. Nous sommes entourés de montagnes et les arbres offrent de l’ombre en cette journée ensoleillée de 35°C.  C’est une fin de journée comme nous les aimons en sirotant un breuvrage et en mangeant des tostitos et de la salsa. Un mot pour ma sœur Louise, comme apéro, j’ai gradué à du cidre à saveur de pamplemousse à 7%.  C’est délicieux.  

Au Skihist Provincial Park
Un train dans la montagne

lundi 6 juin 2016

3, 4, 5 juin – Olympic National Park (Washington)

Vendredi matin, avant de prendre la route pour nous rendre au parc national Olympic, nous nous arrêtons à North Head Lighthouse. Il fait un temps superbe et le sentier pour se rendre au phare est joliment bordé de fougères.  Ce phare fut construit en 1898 pour guider les bateaux qui approchaient le fleuve Columbia par le nord. Il y a aussi un autre phare à deux kilomètres plus au sud, à Cape Disappointment, qui fut établi 42 ans plus tôt. Celui-ci était trop au sud pour avertir à temps les capitaines qui naviguaient dans les forts courants du fleuve Columbia. 


North Head Lighthouse
Nous faisons ensuite un arrêt à Long Beach pour nous procurer la carte routière de l’état de Washington.  Nous en profitons pour envoyer le dernier blogue sur l’aventure de Lewis et Clark.  Nous nous essayons au Bureau du Tourisme mais la connexion WIFI est défectueuse.  Nous allons ensuite chez McDonalds où la connexion  est très lente. Nous avons perdu trop de temps et la route jusqu’à Olympic National Park est encore longue. Par surcroît, c’est le début de la fin de semaine, ce qui veut dire plus d’achalandage dans les terrains de camping. Nous nous arrêtons à la marina de South Bend pour diner. Je n’ai jamais préparé deux sandwichs au poulet aussi rapidement et, malgré tout, c’était très bon. 

Noua arrivons au camping Kalaloch à 16h00.  Il reste plusieurs sites de libres, mais nous voulions être sur le bord de la mer et au soleil.  Nous trouvons enfin le site A30 avec vue sur l’océan et un peu soleillé.  Une chance, car avec le vent du large, ce n’est pas chaud à l’ombre. Comme tous les parcs nationaux, les sites n’ont pas d’électricité ni d’eau courante, mais nous avions prévu le coup et pris notre douche ce matin avant de quitter Cape Disappointment.  Nos voisins n’ont rien à craindre pour les odeurs. 

 Samedi matin, le vent s’est calmé et de jolis rayons de soleil se fraient un chemin à travers les arbres. Le charme de Kalaloch opère. Les gens vont se promener ou boire leur café sur le bord de la plage. Nous étions dans la section A, mais la section D en bord de mer aurait aussi été un bon choix.  

Kalaloch Campground au matin
 Aujourd’hui nous visitons le parc Olympic et nous commençons par Hoh Rain Forest à 34 kilomètres au nord de Kalaloch sur la route 101, puis à 28 kilomètres sur la route Upper Hoh où débute le sentier Hall of Mosses. Serge rouspète, « Tout ça pour aller marcher une heure! ». Et je lui réponds, « Ce n’est pas tous les jours que l’on marche dans une « Rain Forest » (forêt pluviale).  Une chance que nous avons acheté la passe annuelle des parcs nationaux car le prix aurait été de 25$ pour la voiture et 10$ par personne.  La « Rain Forest » se visite à prix fort.  Les arbres de cette forêt sont gigantesques et recouverts de mousse, on dirait une forêt enchantée.  Nous cherchons des champignons à photographier pour Louise et Paul, mais ils se font rares.  Notre trouvaille n’est pas très originale.

Nous continuons notre route vers le nord-est, puis bifurquons vers le sud et nous nous rendons à Sol Duc Falls. Là encore, il aurait fallu payer, mais …. nous avons notre passe!!. Un sentier de 1.3 kilomètres nous amène au pied des chutes.  Elles valaient vraiment une visite et une autre heure de marche, tellement elles sont spectaculaires. Elles descendent avec furie et se divisent en quatre moyennes à petites chutes et vont se jeter dans la rivière Sol Duc plus bas. 

Sol Duc Falls
Nous reprenons la route pour nous rendre au camping Heart O The Hills qui, encore une fois est sans douche ni électricité, mais combien pittoresque avec ses petits sites à travers les arbres.  Nous voulions continuer la route pour nous rendre au sommet de Hurricane Ridge mais il y a une longue file de voitures qui attendent un droit de passage.  Ce sera pour demain.

Dimanche matin, nous débutons la montée de Hurricane Ridge, pendant 20 kilomètres, dès 8h15.  Le sommet se trouve à 1603 mètres d’altitude. Nous sommes seuls sur la route à l’exception d’une maman cerf et son petit qui traversent la route nonchalamment.  Elle doit se dire que les voitures ne roulent pas vite sur cette route sinueuse. Plus nous approchons du sommet, plus les pics enneigés envahissent le paysage, et pourtant, au sommet, il fait un beau 25°Celsius, sans vent.  Un temps idéal pour aller se balader dans les sentiers ouverts. Certains sont encore fermés en raison de la neige qui les recouvre.  Nous nous promenons pendant 30 minutes puis nous redescendons de la montagne. Déjà, à 9h30, quelques voitures attendent la permission pour monter. Nous avons vraiment pris la bonne décision d’attendre ce matin pour nous rendre au sommet de Hurricane Ridge. 

Au sommet de Hurricane Ridge




Nous nous rendons ensuite à Port Townsend pour prendre le traversier qui nous conduit à Whidbey Island en 30 minutes. Nous arrivons cinq minutes avant le départ. Quelle chance!  Nous sauvons ainsi 325 kilomètres de route et beaucoup de stress en ne passant pas par Tacoma et Seattle pour entrer en Colombie Britannique.  Et cela, grâce aux conseils d’un aimable voisin de camping. Selon ses dires, le trafic de Seattle est terrible. 

Quand il y a un attroupement de voitures, c’est qu’il y a quelque chose de spécial à voir.  C’est ainsi que nous nous arrêtons après le pont de Deception Pass pour en connaître l’histoire. Il est difficile d’imaginer Deception Pass sans le pont.  Cependant, jusqu’à 1935, l’espace entre Fidalgo Island et Whidbey Island ne pouvait être traversé que par bateau.  En 1924, un petit traversier commença à circuler entre Yokeko Point et Hoypus Point.  Il était la propriété de Berte Olson, la première femme capitaine de bateau de l’état de Washington. Le coût état de 0,50$ par voiture.  Bien qu’elle mesurait à peine cinq pieds, Berte était reconnue comme un capitaine sur lequel on pouvait compter.  Pendant des années, elle se battit contre la construction du pont, cependant,  peu de temps après l’érection du pont, son petit traversier fut mis hors de service.  

Deception Pass Bridge
 Nous entrons en Colombie Britannique par la ville d’Abbotsford. Le douanier est bien content de nous dire qu’il connaît la ville de Whitby en Ontario car il est lui-même originaire de Kawarta dans les Muskokas, région que nous connaissons bien, car c’est sur la route du Parc Algonquin.  Nous nous arrêtons au premier Walmart pour faire des provisions, puis continuons notre route jusqu’à Chilliwack.  Il est déjà 17h00 et nous décidons que nous avons fait suffisamment de route pour la journée. Nous nous installons dans un camping privé sur le bord de la rivière Vedder où il fait encore 40° Celsius. Ouf! Qu’il fait chaud.  Ce soir, nous retardons le plus possible le moment de nous réfugier dans Oscar pour la nuit. 

vendredi 3 juin 2016

2 juin, Fort Clatsop (Oregon), Cape Desappointment (Washington)

Jeudi matin, nous roulons en direction nord-ouest jusqu’à ce que nous atteignons la route 101 qui longe le Pacifique puis nous nous dirigeons vers Fort Clatsop . Après une courte averse, un soleil timide se fraie un chemin à travers les gros nuages gris.  Juste à l’entrée du chemin conduisant au fort, la route est barrée. Un grave accident s’est produit ce matin sur ce tronceau et la route ne rouvrira pas avant une heure.  Comme le Petit Prince, nous repasserons plus tard.  C’est donc Astoria que nous visiterons en premier lieu.

Dire « visiter Astoria » est un bien grand mot, plutôt nous montons, descendons et remontons les rues, car la ville est construite en paliers. Finalement nous arrivons  à Astoria Column, qui est l’attraction de la ville.  Des murales sur la colonne célèbrent les moments de l’histoire du nord-ouest, allant de l’arrivée du capitaine Robert Gray sur le bateau Columbia en 1792 jusqu’à l’arrivée du chemin de fer dans les années 1880. Pour atteindre le sommet de cette colonne, il faut monter 164 marches dans un escalier de métal en colimaçon. Ce n’est pas trop fatiguant car nous devons sans cesse nous arrêter pour laisser passer un groupe d’étudiants, en sortie éducative, qui s’amusent à lancer des avions miniatures du haut de la colonne.
 
Astoria Column
Le pont conduisant à l'état de Washington
A droite, le long de la rivière, se trouve Fort Clatsop
Après diner, nous rebroussons chemin pour aller visiter Fort Clatsop où les membres de l’Expédition passèrent un hiver pénible en 1805-1806. Comme nous connaissons bien l’histoire de leur hiver à ce fort, il est facile de nous mettre dans l’ambiance bien que la reconstitution s’arrête aux bâtiments.  L’intérieur des lieux où vivaient les hommes est sans décor, sans reproduction de leur habitat, contrairement à ce que nous avons vu à Fort Mandan.

Fort Clatsop
La porte arrière qui conduisait à la source
En route pour Cape Disappointment, nous faisons un arrêt à l’endroit (Dismal Nitich) où Lewis, Clark et les membres de l’Expédition furent cloués par une tempête pendant six jours en novembre 1805.

Nous nous installons pour la nuit au camping de Cape Disappointment où nous avons l’eau et l’électricité sur notre site, de quoi rendre jaloux Lewis et Clark, s’ils revenaient à notre époque.  Une visite au Lewis & Clark Interpretive Center nous fait revivre toutes les étapes de leur aventure et nous nous attardons particulièrement à l’étape de leur passage dans cette région en compagnie des Chinooks et des Clatsops.  

C’est ici que nous terminons la première partie de notre voyage « Sur les traces de Lewis et Clark ». Demain, nous entreprendrons l’étape « En route vers l’Alaska » que nous atteindrons le 11 juin. Nous espérons que vous avez aimé revivre la grande aventure de ces héros américains du début du 19e siècle.  

Dernier épisode de Lewis et Clark ….

Fort Clatsop, 8 décembre 1805 au 23 mars 1806
Le matin du 8 décembre, Clark partit à la recherche de la meilleure route pour se rendre à l’océan et trouver l’endroit idéal pour établir le camp pour la fabrication de sel. Leur méthode était de faire bouillir l’eau de mer dans cinq grands chaudrons jusqu’à l’évaporation de l’eau, ensuite de racler les côtés pour en extraire le sel. Lewis envoya les chasseurs à la chasse et chargea le reste des hommes d’aller abattre des arbres pour fabriquer des habitations et une palissade. Le 14 décembre, les hommes avaient suffisamment de bois pour commencer à le fendre. Ils trouvèrent que le bois, probablement de grands sapins, se fendait magnifiquement, même larges de deux pieds et plus.  Le premier bâtiment qu’ils commencèrent à construite fut un fumoir; ils trouvaient que la préservation de la viande dans un climat si pluvieux, nécessitait des mesures hors de l’ordinaire.

Le travail avançait lentement. Il pleuvait souvent et plusieurs hommes étaient malades ou blessés. En plus du rhume et de la grippe, quelques-uns souffraient d’entorses au genou et d’épaules disloquées. Et les puces, inévitables, qui tourmentaient leurs nuits et les empêchaient de bien dormir. Les divertissements et le commerce avec les indiens qui venaient les visiter prenaient beaucoup de temps aussi. En dépit des interruptions quotidiennes, le travail avançait. Le 17 décembre, les murs des bâtisses étaient suffisamment avancés pour que quelques hommes puissent commencer à remplir les fentes entre les billots. Une semaine plus tard, ils installaient les toits. Les capitaines purent emménager dans leurs quartiers inachevés le 23 décembre et le jour suivant le soldat Field leur fabriqua des tables pour écrire. Fort Clatsop dont la dimension était de 50 pieds carrés, était composé de deux bâtiments se faisant face et joints sur les côtés par des palissades. Il y avait une barrière principale à l’avant et une plus petite à l’arrière qui donnait accès à la source.  Une des structures était divisée en trois pièces qui servaient de quartiers pour les hommes. L’autre contenait quatre pièces, une pour les capitaines, une pour Charbonneau, Sacagawea et leur fils Jean-Baptiste, une comme salle des rapports des soldats et la quatrième était le fumoir.

Le matin du 25 décembre 1805, les hommes réveillèrent les capitaines par une salve, des cris et un chant et  échangèrent des présents.  Mais les célébrations ne furent pas longues; c’était un jour humide et désagréable et  leur souper consista en wapiti et poissons si avariés que les hommes les mangeaient par nécessité. Trois jours plus tard, les capitaines envoyèrent quelques hommes au camp de fabrication de sel. Le 29 décembre, les Clatsops informèrent les capitaines qu’une baleine avait été trouvée sur la côte près de Tillamook Head. Lewis sélectionna quelques hommes pour aller chercher de l’huile et de la graisse de baleine mais les vents étaient trop forts pour risquer une telle sortie.

Le 30 décembre, le fort était complété. Au coucher du soleil, les capitaines dirent aux Clatsops qu’à partir de maintenant, quand la noirceur tomberait, les barrières seraient fermées et qu’ils devraient quitter le fort. Les indiens quittèrent à contrecœur et mécontents.

Chaque quartier des habitations avait ses propres articles de cuisine, son chaudron et son feu. Les capitaines fournissaient à chaque mess (cantine) une hache. Tous les autres outils utilisés en commun étaient gardés dans le quartier des capitaines. Ils pouvaient être pris avec leur permission et retournés immédiatement après usage. Cette règle était établie pour prévenir que les hommes succombent à la tentation de les négocier pour des faveurs sexuelles ou des fourrures. Discipline, ordre, sécurité et paix avec les voisins étaient les objectifs de Lewis en tant que commandant de ses soldats.

Aucun ordre, cependant, ne peut se prémunir contre des accidents ou simplement de stupides actions.  Le matin du 11 janvier, le sergent de garde rapporta que le canot indien manquait. Lewis découvrit que les hommes qui l’avaient utilisé le soir précédent avaient négligé de le sécuriser et il avait été emporté par la marée. Il envoya deux équipes à sa recherche, mais ils revinrent bredouilles. Lewis en conclut tristement que le canot était perdu. Heureusement, le 5 février, sergent Gass profita de la marée haute pour explorer une crique et trouva le canot perdu depuis si longtemps et si déploré.

La routine usait aussi la vigilance.  Les allées et venues presque quotidiennes des Clatsops et quelques fois des Chinooks, firent de la présence indienne dans le fort une scène familière. Les capitaines donnaient souvent la permission à un chef et son petit groupe la permission de passer la nuit au fort. Les hommes avaient fréquemment des contacts sexuels avec les femmes indiennes. Les jeunes guerriers indiens étaient doux et inoffensifs, préférant manifestement la pêche et le commerce à la bagarre. Même les capitaines devinrent tolérants.

Le temps était déprimant au mieux. Mesurer la latitude et la longitude aurait fourni de la diversion et un sens d’accomplissement à Lewis, mais c’était impossible à cause du mauvais temps. Les hommes se divertissaient avec le sexe mais de toute évidence, les capitaines ne le faisaient pas. Les hommes payèrent le prix pour cette activité, pas seulement en perles et babioles, mais en contractant des maladies vénériennes.  Et Lewis joua au docteur en distribuant des médicaments.  A Fort Mandan, la santé des hommes avait été un problème mineur, mais à Fort Clatsop, leur santé fut une inquiétude majeure. Il y avait toujours quelqu’un alité avec de la fièvre, un rhume, une grippe, une attaque de maladie vénérienne ou un muscle froissé.

La viande était rarement fraîche, parce que les chasseurs devaient étendre leur terrain de chasse et s’éloigner à plusieurs kilomètres du fort. Ils étaient souvent partis pour plusieurs jours. Il n’y avait pas suffisamment de viande pour tous, parce que les hommes dévoraient la viande fraîche prodigieusement.  Le 20 janvier, il ne leur restait que pour trois jours de provisions, ce qui inquiétait Lewis, mais les hommes étaient tellement habitués de se priver que ça ne les dérangeait pas. Un heureux changement à leur alimentation se produisit finalement. Clark était sorti en canot avec un groupe pour trouver la baleine échouée sur la rive sud du camp de fabrication de sel. Parmi eux était Sacagawea. Elle avait beaucoup insisté pour y aller, argumentant qu’elle avait voyagé longtemps avec eux pour voir la grande mer et qu’elle trouvait difficile de ne pas avoir la permission de la voir.  Clark se plia à ses arguments et l’autorisa.  Il revint au camp avec 300 livres de graisse et quelques gallons d’huile de baleine. Lewis était si content qu’il se permit un mot d’esprit. « Si petites étaient nos réserves de nourriture, que nous apprécions  hautement  la main de la providence pour avoir dirigé vers nous cette baleine et, nous la trouvons plus généreuse envers nous qu’elle l’a été envers Jonas, en envoyant ce monstre pour être avalé par nous au lieu de nous avaler comme il le fit avec Jonas. »

A la fin de février, l’eulakane, qu’on appelait aussi poisson chandelle, commença à se retrouver en grande quantité dans les eaux de l’estuaire. Chaque eulakane, d’une forte teneur en huile, mesurait environ sept pouces de long.  Les Clatsops les pêchaient au filet et les vendaient à l’expédition, après leur avoir montré comment les apprêter; ils les attachaient ensemble et les faisaient rôtir. Lewis les trouvait supérieurs à tout autre poisson qu’il avait goûté. A partir de ce moment et jusqu’à ce qu’ils quittèrent la région, les capitaines achetèrent tous les eulakanes qu’ils pouvaient s’offrir.

Superviser le travail des hommes et faire le commerce avec les indiens ne prenaient qu’une partie du temps de Lewis. Durant l’hiver, il passa plusieurs heures chaque jour à son bureau, dans ses quartiers humides, froids et enfumés, avec une chandelle pour l’éclairer, à écrire dans son journal. C’était presque une existence de moine, mais il aimait écrire, surtout sur des sujets scientifiques comme la botanique, la zoologie, la géographie et l’ethnologie.  Ces écrits durant l’hiver à Fort Clatsop constituèrent une contribution inestimable pour la science.

Pendant que Lewis décrivait les oiseaux, les plantes et les animaux, Clark travaillait à sa carte couvrant le pays du Fort Mandan au Fort Clatsop. Le 11 février, il terminait son travail, une autre contribution inestimable au savoir des hommes. Avec sa carte précédente sur le bas Missouri, cela donnait une image complète de tout l’ouest américain. Les implications de cette nouvelle carte furent le sujet d’intenses discussions entre les capitaines. Lewis écrivait dans son journal, le 14 février, « Après trois jours à revoir la carte entière avec Clark, nous avons maintenant découvert que nous avons trouvé le passage le plus réalisable et navigable à travers le continent nord-américain. » Cette note, bien que triomphante, cachait une profonde déception. Il n’existait pas de route entièrement navigable à travers le continent. Le court portage entre le Missouri et le Columbia n’existait pas. Au-delà de ses sentiments de fierté personnels, Jefferson aura à payer un prix politique, avec les Sioux bloquant le Missouri et les Fédéralistes qui auront une arme pour ridiculiser l’achat de la Louisiane.

Mais il ne pourrait y avoir de rapport, personne à personne, à Jefferson, si Lewis et ses hommes ne retournaient pas à l’est. Il se prépara en conséquence. Il vérifia les provisions, spécialement les fusils et munitions, maintenant leur seule source de subsistance et défense au cours de la route de 4000 milles exclusivement habitée par les indiens amis et ennemis. Les contenants de plomb avaient passé à travers bien des aventures mais ils étaient peu endommagés, la poudre était sèche, les mocassins avaient été fabriqués par les hommes et les fusils étaient en bon ordre, grâce à l’habileté du soldat Shields.

La date de leur départ avait été fixée au 20 mars. Ce jour vint et passa; le vent soufflait si fort que les Américains n’osèrent pas tenter un départ sur le fleuve.  En prévision de leur départ, Lewis avait prévu acheter une couple de canots des indiens afin de remonter le fleuve aussi loin que les chutes les plus basses.  Les articles d’échange de l’expédition étaient très pauvres. Tous les petits articles qu’ils possédaient pouvaient être contenus dans deux mouchoirs. La balance de leurs provisions consistait en six couvertures bleues, un manteau d’uniforme et un chapeau d’artillerie, cinq couvertures fabriquées avec leur grand drapeau et quelques bouts de ruban.  Ils dépendaient de ce stock pour l’achat de chevaux et de nourriture auprès des indiens.  Mais il ne pourrait y avoir de traversée des montagnes si l’expédition ne pouvait atteindre en premier lieu les chutes du Colombia et, pour cela, Lewis avait besoin des canots indiens.  Le 17 mars, il envoya donc Drouillard avec son précieux manteau d’uniforme pour payer le prix demandé par le propriétaire du canot.

Le 22 mars, la tempête diminua en intensité et l’équipage se préparait à partir. Ce jour-là le chef Coboway leur rendit visite. Lewis lui donna les habitations et les meubles du fort et le remercia pour son amitié et son hospitalité.  A 1:00 p.m., les membres de l’expédition firent leurs adieux au Fort Clatsop et débutèrent leur voyage de retour qui dura six mois. Le 22 septembre 1806, Lewis, Clark et l’équipage étaient de retour à St. Louis où les attendait une foule enthousiaste sur les berges. Plusieurs les pensaient morts et étaient étonnés de les voir revenir.

Lewis avait planifié et organisé, avec l’aide de Clark, ce voyage de découvertes qui avait été le rêve de sa vie. Il revenait avec un sentiment de profonde satisfaction. Il avait complété un voyage héroïque qui le plaçait ainsi que son partenaire dans le panthéon des grands explorateurs.


Mais qu’est-il advenu d’eux ? Lewis connut un destin tragique et mourut trois ans plus tard, à l’âge de 35 ans. A son retour, Clark épousa Julia Hancock, celle qu’il aimait depuis toujours. Il adopta Jean-Baptiste, le fils de Sacagawea qu’il appelait Pompy, quand celle-ci mourut six ans plus tard, et il le fit instruire. Bien que York, son esclave, l’ait bien servi durant l’expédition, Clark refusa de lui accorder sa liberté à leur retour et ce n’est que cinq ans plus tard qu’il en fit un homme libre.  

jeudi 2 juin 2016

1er juin – Portland (Oregon)

Mercredi, nous arrivons au Stub Stewart State Park à 17h15, après avoir roulé 162 kilomètres et il nous semble n’avoir rien fait de notre journée. Qu’avons-nous fait?

Nous avons commencé notre journée en faisant un détour vers l’est pour aller visiter le « Fish Hatchery », ou station piscicole, ainsi que le barrage et les écluses de Bonneville. A voir toutes ces truites frétillant dans leurs bassins, nous avons le goût d’en faire un repas pour ce soir. Un peu plus loin se trouvent le bassin des esturgeons. Ceux-ci satisferaient l’appétit d’un régiment tellement ces poissons sont gros.  

Le bassin des truites

Le bassin des esturgeons
Pour traverser à l’île Bradford où se trouve le barrage, il faut montrer patte blanche.  Le gardien nous dit, « Avez-vous des armes à feu? » Bien sûr que non, nous sommes canadiens. « Ayez l’obligeance d’ouvrir le coffre de votre voiture ».  La vue de notre sac de couchage et de nos oreillers l’a satisfait et nous avons pu passer.  A L’intérieur du Centre des visiteurs, nous pouvons voir par des fenêtres les saumons et autres poissons passer dans l’échelle à poissons. Aujourd’hui, au moment de notre visite, il était passé 1569 saumons chinook, 202 saumons sockeye, 83 saumons steelhead, 220 lamproies et 10, 499 shads, en route vers le Pacifique. Ces passoires à saumons sont nécessaires depuis la construction du barrage en 1933. De plus, un grand nombre de saumons sont transportés par barges et camions de l’autre côté du barrage pour leur permettre de continuer leur migration.

Les échelles à saumons
Le barrage de Bonneville
Nous reprenons la route vers l’ouest et effectuons notre second arrêt le long de la route 30 au sommet des montagnes, à Vista House à Crown Point. Cet édifice fut construit en 1918, tout en marbre, pour permettre aux visiteurs du temps de faire un arrêt et d’admirer la courbe du fleuve allant vers l’est. C’est un bel édifice à regarder mais il manque de vie à l’intérieur. Il n’y a aucun meuble d’époque pour nous mettre dans l’ambiance. 

Crown Point

Un p'tit tour à Vista House
Nous entrons ensuite dans Portland où le trafic est déjà très dense à l’heure du midi.  Nous nous rendons au magasin REI, qui est l’équivalent de nos magasins MEC. C’est là que nous achetons une nouvelle tente pour nos voyages de canot-camping.  Juste à côté se trouve un petit restaurant italien où les tables à l’extérieur nous interpellent. Comme dirait Chloé, « je me bourre de légumes ». 

Puis nous sortons de la ville, assez rapidement malgré tout, et nous nous dirigeons vers Buxton après avoir fait un arrêt au McDonald pour l’envoi du blogue et au Walmart pour renflouer nos provisions. Le Stub Stewart State Park vaut vraiment 5 étoiles. Les sites sont très grands, bien nivelés et tous avec les 3 services pour $31.  Pour la première fois, nous voyons des petits dômes en ciment à côté des sites pour que les campeurs sous la tente puissent y jeter leur eau de vaisselle. 


Stub Stewart State Park
 
Je me suis mise à la bière, la Redd's Green Apple Ale

Demain, ne manquez pas notre dernier épisode de l’aventure de Lewis et Clark jusqu’au Pacifique. 

mercredi 1 juin 2016

31 mai – The Dalles, Columbia River Historical Highway (Oregon)

De Hermiston à The Dalles, nous longeons le majestueux fleuve Columbia. Il est 9h00 et il fait déjà 20°C et pas un seul nuage de pluie dans le ciel.  C’est une région assez désertique à voir la couleur des champs. De grands systèmes d’irrigation sont installés à travers les champs de cultures qui sont d’un vert foncé, contrastant avec leurs voisins jaunâtres. Nous voyons, le long de la route, des plantations d’arbres  bien enlignés qui sont destinés à la vente commerciale. Quand l’homme combat la nature, il doit en payer le prix, en raison du besoin en eau, en électricité et danger de feux de forêt, dus à la chaleur et de la sécheresse. 

Un peu de verdure dans ce désert

Mona, il manque juste « ck » pour faire Blacklock
 Nous nous arrêtons au Columbia Gorge Discovery Center à The Dalles vers l’heure du midi.  Il fait déjà 30°C, mais c’est froid à l’intérieur, probablement pour assurer la conservation des artefacts.  C’est un excellent musée qui a reproduit une ville au temps des pionniers comme si nous nous promenions dans une rue. 

Non, Lewis ne l'aurait pas engagé
Nous nous attardons particulièrement à la conserverie de saumon Seufert qui parle de la vie des travailleurs aux 19e et 20e siècles.  L’industrie du saumon sur la côte du Pacifique débuta en 1864 quand les investisseurs du Maine établirent une conserverie sur la rivière Sacramento.  Jusqu’à cette date, tout le poisson était soit séché, fumé ou salé.  L’invention de la boite de conserve en métal transforma cette industrie.  Vers 1896, les conserveries pouvaient produire 1,000 à 2,000 caisses de conserves par année. 

Pendant des décennies, le travail de mise en conserve sur la côte du Pacifique était effectué par les chinois. Ils acceptaient de travailler 11 heures par jour jusqu’à 1920, et 10 heures par jour dans les années 1930, 6 jours par semaine, pendant 6 mois par année.  Peu d’autres hommes acceptaient d’endurer l’isolement, le travail répétitif et le confinement que cela exigeait. Ce système était dominé par la communauté chinoise qui effectuait un contrôle rigide sur les employés, les patrons étant souvent les membres d’une même famille. De nos jours, on dirait qu’il s’agit de la mafia chinoise. 


Nous prenons ensuite le temps de nous promener le long d’un des sentiers du Centre offrant une vue magnifique sur le Columbia, jusqu’à ce que la chaleur ait raison de notre résistance.  

Le long d'un sentier au Discovery Center
Nous quittons l’autoroute 84 pour emprunter la 30, route historique de Columbia River. Cette route fut construite en 1916 pour relier The Dalles à Portland.  C’est une route sinueuse qui serpente en montagne et offre de magnifiques coups d'œil sur le fleuve Columbia. On peut facilement imaginer Lewis et Clark ainsi que les hommes de l’Expédition navigant sur ces eaux, heureux d’atteindre enfin leur but.  En regardant cette route du haut de Rowena Crest, il est facile d’oublier le défi que cela a représenté au début du 20e siècle pour les ingénieurs et les travailleurs. 

Vue du fleuve Columbia du haut de Rowena Crest
Historic Highway 30 


 Nous nous installons au Ainsworth State Park, le long de la route 30 et attendons en soirée pour aller voir les fameuses chutes Multnomah un peu plus à l’ouest.  Elles sont tout à fait spectaculaires.  Comme il fait moins chaud, nous montons le sentier qui grimpe à la hauteur du pont et se rend jusqu’au sommet de la plus haute chute. Nous ne vous cacherons pas que notre grimpette s’est terminée bien avant d’atteindre le sommet.  

Multnomah Fall
Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons à Oneonta Gorge.  Lors de la construction de la route 30, en 1916, les automobiles passaient par ce trou dans la montagne. En l’espace de 10 ans, il a fallu dévier la route pour permettre aux voitures devenant de plus en plus grosses de passer. 

Oneonta Gorge, par où passaient les autos en 1916


Nous nous inquiétions du bruit de la route 30 qui passe juste à côté du camping, mais c’est plutôt le bruit des trains qui est problématique, et il en passe un nombre effarant.  C’est le seul bémol à ce beau state park.

En descendant le fleuve Columbia en 1805 (suite)
Lewis avait réalisé depuis longtemps que le Columbia avait des rapides et des chutes importantes étant donné qu’il descendait des Rocheuses vers le Pacifique.  Le 23 octobre, l’expédition arriva au début d’un majestueux mais dangereux tronçon du fleuve qui s’étendait sur 55 milles.  Il y avait quatre obstacles majeurs à traverser (tous inondés aujourd’hui par des barrages-réservoirs) commençant par les chutes Celilo. Dans un court tronçon, la rivière descendait de 38 pieds à travers des canaux étroits entre des falaises aussi hautes que 3000 pieds. Lewis et Clark partirent dans des directions opposées pour étudier les chutes et les environs.  Ils décidèrent qu’ils devaient faire un seul portage sur une descente de 20 pieds. Ils purent engager des indiens locaux avec leurs chevaux pour les aider à transporter les articles les plus lourds dans le portage. Aux autres endroits des rapides, ils purent descendre les canots en utilisant de solides cordes de peaux de cerfs. 

Les indiens étaient rassemblés sur les berges pour regarder les hommes blancs. Leur présence était souvent une bénédiction. Ils avaient des chiens et des poissons séchés à vendre, informaient les hommes des conditions du fleuve en aval et possédaient une technologie que les capitaines pouvaient utiliser. Lewis visita un village où il put observer son premier canot Chinookan, fabriqué de pin et remarquablement léger et large au centre. Il put échanger le plus petit canot de l’expédition pour un des leurs en leur donnant en plus une petite hache et quelques babioles.

Les chutes suivantes, appelées  « The Dalles », commencèrent par les « Short Narrows »,  un passage de ¾ de mille de long où les eaux étaient resserrées dans canal de 45 mètres de large. Les capitaines explorèrent les berges et furent d’accord qu’aucun portage avec les gros canots n’était possible au-dessus des corniches rocheuses.  Ils envoyèrent les hommes qui ne savaient pas nager par le sentier, transportant les articles de valeur, pendant qu’eux-mêmes et les nageurs descendraient les rapides en canot, transportant les bagages les plus lourds et de moins de valeur.  Selon les standards des canoéistes d’aujourd’hui, c’était des rapides de classe 5, signifiant qu’ils ne pouvaient être descendus même avec un canot moderne spécialement conçu pour le rafting. Les indiens étaient réunis par centaines le long des berges pour voir les hommes blancs se noyer et prêts à ramasser l’équipement abandonné. Mais, à leur plus grand étonnement, les Américains réussirent la descente sans incident.

L’obstacle suivant était les « Long Narrows » où le fleuve rétrécissait de 50 à 100 verges (mètres) sur trois milles. Les capitaines utilisèrent la même stratégie que dans les « Short Narrows » et une fois encore les canots passèrent sans encombre.  Les hommes installèrent leur camp à la fin des rapides, sur un haut rocher qui formait une sorte de fortification.  Les capitaines appelèrent l’endroit  « Fort Rock Camp » (le site actuel de la ville The Dalles, Oregon). Ils restèrent à cet endroit trois jours pour réparer les canots, sécher les bagages et chasser.  Ils firent ensuite leurs adieux à Twisted Hair et Tetoharsky qui retournèrent vers leurs villages.

Les indiens locaux causaient des problèmes à l’expédition par leur penchant à chaparder; tout objet laissé de côté pour un moment disparaissait. La plus grande préoccupation des capitaines n’était plus les flèches des indiens mais la protection de leurs provisions contre les voleurs.

Le 30 octobre, l’équipage se mit en route à nouveau et campa au-dessus des Cascades (the « Great Shute » comme écrivit Lewis) en vue de partir en reconnaissance le lendemain matin.  Cette section du fleuve s’étendait sur 4 milles avec des rapides qui passaient par une série de chutes. Mais au-delà des chutes, le fleuve s’élargissait et semblait subir l’effet de la marée, ce qui était une excellente nouvelle.  Les 1er et 2 novembre, l’équipage passa à travers la dernière barrière. Par endroits, il fut possible de faire du portage, tandis qu’à d’autres les hommes purent lancer les canots en utilisant des cordes pour les descendre. Le jour suivant, l’équipage arriva à Beacon Rock, le début des eaux de la marée.

L’expédition entrait dans un monde différent. Les berges étaient couvertes de sapins, d’épinettes et d’aulnes, contrastant avec la région semi-désertique en amont. Les indiens de la région firent mauvaise impression sur Lewis et son équipage.  Habitués à négocier difficilement avec les hommes blancs qui faisaient le commerce des loutres de mer, les indiens s’attendaient à négocier de la même façon avec les explorateurs affamés. Les prix pour les racines et le poisson étaient exagérément gonflés.

La préoccupation immédiate des capitaines était d’atteindre l’océan.  Ils ne pouvaient pas décider de l’endroit où passer l’hiver avant d’atteindre leur objectif. Le 3 novembre, ils atteignirent l’actuelle ville de Vancouver dans l’état de Washington et campèrent sur la rive nord de la rivière Willamette. Pour la première fois depuis avril 1805, l’expédition était dans une région qui avait été explorée et cartographiée par les blancs. Le matin du 6 novembre, un épais brouillard recouvrit la région, retardant l’équipage jusqu’à l’après-midi. Soudain, Clark cria « Océan en vue! ». Les hommes ramèrent de toutes leurs forces comme pour entreprendre une course avec l’océan.  Ils avancèrent de 34 milles ce jour-là. Clark avait réagi un peu prématurément; ce qu’il avait vu, c’était l’estuaire du Columbia et non l’océan. 

Pendant onze jours, ils furent cloués au camp à Point Ellice, par la marée, les vagues, le vent et la pluie. Les capitaines et les hommes avaient plus l’air de survivants d’un naufrage que des membres triomphants du Corps expéditionnaire. Depuis mai 1804, l’expédition s’était arrêtée seulement durant l’hiver ou pour quelques jours de repos. Ils détestaient être immobilisés par une force qu’ils ne pouvaient combattre. Ils purent être secourus par les indiens Clatsops vivant sur la rive sud de l’estuaire, qui traversèrent facilement avec leurs canots côtiers et  leur vendirent des racines et du poisson.

Le 13 novembre, les capitaines envoyèrent les soldats Colter, Willard et Shannon, dans un canot indien, explorer le littoral au-delà de Point Ellice pour trouver un meilleur endroit pour camper. Le jour suivant, Colter revint à pied et informa les capitaines qu’il y avait plus loin une plage de sable et un endroit pour camper ainsi que du gibier. Le lendemain, Lewis se rendit à la plage pour explorer les lieux, tandis que Clark prépara le déménagement du camp dès que la température le permettrait.

Lewis partit en exploration, contourna Cape Disappointment et marcha le long de la côte pendant plusieurs milles. Il grava avec fierté son nom sur un arbre à l’extrémité de Cape Disappointment. Le 17 novembre, Lewis rejoignit Clark au camp sur la plage où les hommes restèrent une semaine (aujourd’hui Fort Canby State Park, près de McKenzie Head). Les chasseurs purent chasser et rapporter de la viande à l’équipage. Le 18 novembre, ce fut au tour de Clark de partir en exploration avec York et dix hommes à Cape Disappointment où il trouva l’inscription de Lewis sur un arbre. Il suivit l’exemple de Lewis, tout en l’améliorant en ajoutant son nom et la date ainsi que la magnifique phrase « By land from the U. States in 1804 & 1805 ».

Le jour suivant, une vieille femme Chinook arriva avec six de ses filles et nièces pour vendre leurs faveurs aux hommes blancs. Les jeunes filles aimaient beaucoup l’attention que leur portaient les hommes blancs. Pendant ce temps, le mot s’était répandu parmi les Clatsops que les capitaines étaient prêts à payer le gros prix pour des fourrures de loutres de mer. Ce soir-là un groupe d’indiens vint au camp avec deux robes de fourrure à vendre.  Les capitaines voulaient les acheter mais le prix était trop élevé. Clark fut étonné quand un propriétaire refusa l’offre d’une montre, un mouchoir, un paquet de perles rouges et une pièce d’un dollar américain. Les indiens voulaient des perles bleues et les capitaines n’en avaient plus. Encore, les capitaines aimèrent beaucoup plus les Clatsops que les Chinooks, principalement parce que les Clatsops n’étaient pas voleurs. Ceci devint le principal facteur pour décider où passer l’hiver.

Les Clatsops les informèrent qu’il y avait beaucoup de wapitis sur le côté sud de l’estuaire du Columbia.  Lewis voulait se rapprocher de l’océan afin que les hommes puissent fabriquer du sel avec l’eau de la mer; lui et ses hommes étaient avides de sel. Pas Clark qui trouvait que c’était mauvais pour la santé. Lewis avait une meilleure raison pour vouloir rester près de la côte. Il y avait une bonne chance qu’un bateau de commerce arrive durant l’hiver, ce qui résoudrait leurs problèmes d’approvisionnement. Clark fut d’accord. Pour cette occasion, les capitaines décidèrent que tous participeraient à la décision. Un vote fut pris. Les choix étaient de rester où ils étaient présentement, de retourner aux chutes ou de traverser du côté sud et examiner l’endroit avant de prendre une décision. Naturellement, la troisième alternative gagna très largement. Si les sites du côté sud étaient insatisfaisants, la moitié des votants voulaient retourner aux chutes tandis que l’autre moitié voulait rester sur place. Sacagawea voulait rester sur place où il y avait beaucoup de racines à cueillir.  C’était le premier vote tenu dans le nord-ouest du Pacifique et la première fois dans l’histoire américaine qu’un esclave noir et une femme eurent droit de vote.


Le 26 novembre, l’expédition traversa du côté sud et campa sur la rive est de la rivière John Day où, encore, ils furent retenus par le mauvais temps. Le 29 novembre, Lewis en eut assez et partit avec un canot indien et quelques hommes pour explorer la région. La première nuit, ils établirent leur camp près de l’endroit où se trouve aujourd’hui la ville d’Astoria en Orégon. Le lendemain, ils explorèrent Youngs Bay (ainsi nommé par un lieutenant de l’expédition de Vancouver) et ne trouvèrent rien de satisfaisant. Au cours des jours suivants, ils se rendirent plus loin sur la rivière Lewis and Clark, où Lewis trouva l’endroit idéal. C’était une petite falaise s’élevant à quelque 30 pieds au-dessus de la marque de la marée haute, éloignée de 200 pieds de la rivière et à trois milles de son embouchure. C’était près d’une source, il y avait beaucoup de gros arbres qui pouvaient être utilisés pour construire un fort et des abris. C’était aussi situé à quelques milles de l’océan où ils pourraient fabriquer du sel et, le meilleur, l’endroit était idéal pour la chasse. Drouillard et un autre chasseur avaient déjà  tué six wapitis et cinq chevreuils. Ces informations satisfirent tout l’équipage. Le 7 décembre, Lewis guida l’expédition sur le site qu’ils appelèrent Fort Clatsop.